A la découverte des réseaux sociaux de bibliophiles français… part one

Le web 2.0 est tourné vers le communautaire où chacun peut non seulement prendre connaissance de l’information mais aussi réagir sur l’actualité et être source de contenus. Il permet également le partage de billets d’humeur, de fichiers variés et même de conseils de lectures. C’est le cas des applications ReadingList sur LinkedIn et weRead sur Facebook avec lesquelles on peut indiquer ses lectures du moment et partager sa bibliothèque. Mais ces applications restent des services figurant sur des sites dont la vocation première n’est pas de partager ses coups de cœur littéraires : ce sont des plus pour établir un lien, être prescripteur et se faire remarquer. Déjà très en vogue outre manche avec des sites comme Goodreads ou LibraryThing, des réseaux sociaux de bibliophiles français, entièrement dédiés au Livre, sont apparus récemment sur la Toile. L’un des pionniers du genre est le webzine Zazieweb sur lequel je reviendrai ultérieurement. Voici une première incursion dans ce nouvel univers où les acteurs, plus complémentaires que concurrents, ont à cœur une plus large diffusion du livre et de la lecture.

Rencontre avec M. Olivier WALBECQ directeur général et fondateur de LIBFLY, la bibliothèque communautaire

Libfly est un portail communautaire qui n’existe qu’on line. Il a pour objectif de promouvoir le livre et la lecture en proposant un service complètement gratuit aux internautes. Trois personnes travaillent à plein temps sur le portail. Ouvert depuis novembre 2008, il compte déjà 500 membres. capture inscrit

Quelle était votre idée de départ ? L’origine de Libfly est essentielle à la compréhension du projet. Le groupe Archimed (80 personnes) est éditeur de logiciels dans le domaine de la gestion du document numérique et réalise en 2008 un chiffre d’affaire de 6,1M€. Il est présent sur quatre marchés différents:

  • Les bibliothèques et les centres de documentation
  • La gestion électronique de documents pour les entreprises et l’administration
  • Le e-learning et la gestion de la formation
  • L’audit et la gestion des impressions

Archimed travaille donc en particulier depuis plus de 15 ans dans la conception de portails pour les bibliothèques municipales et universitaires, essentiellement en France (communauté urbaine de Strasbourg, ville de Paris, …) mais également un peu à l’étranger (bibliothèque du Vatican, bibliothèque nationale du Québec, …). Ces portails de diffusion sur internet sont complémentaires des outils de gestion des bibliothèques (SIGB en français, ILS en anglais), proposés par des partenaires d’Archimed. Le projet Libfly est né de la volonté initiale de promouvoir les services offerts par les bibliothèques sur Internet, partant du constat que leurs richesses documentaires et culturelles sont méconnues et largement sous-utilisées par le grand public. L’idée était de mettre sur le même plan les bibliothèques personnelles des usagers et les bibliothèques institutionnelles pour redonner vie aux « fonds dormants ».

« Redonner vie aux “ fonds dormants ” dans l’esprit de la « longue traîne » ?Oui, c’est ça, c’est un peu le même principe. Libfly est une activité complémentaire à celle des bibliothèques et des portails de bibliothèques pour du contenu qui n’est pas assez valorisé.

Quels étaient vos objectifs? Très vite, le projet s’est ouvert à un usage plus global en se fixant pour objectif de promouvoir le livre et tous les services associés : commentaires, achat, emprunt entre particuliers, emprunt dans les bibliothèques, etc. Libfly favorise la proximité, l’accès au livre car l’objectif du lecteur est de récupérer physiquement le livre.

Pourquoi avoir choisi Internet? Dès 1995, Archimed a commercialisé des portails Internet de diffusion pour les lecteurs. A titre d’exemple, le site inaugural de la Bibliothèque Nationale de France (et de son catalogue documentaire) a été réalisé par notre société dès 1996. Nous sommes bien sûr convaincus de l’apport d’Internet en matière de diffusion et d’accessibilité de l’information. Il faut inscrire la promotion de la lecture et de la chaîne du livre dans ce formidable mouvement du Web Social qui mobilise toutes les générations mais davantage encore les plus jeunes. Libfly est donc résolument orienté web 2.0.

Quel est votre business model? Le business model repose bien sûr sur la fréquentation du site et sur le nombre d’inscrits qui permettent de tabler sur des revenus publicitaires. Mais ce n’est pas le seul revenu. L’offre de service proposée aux sites affiliés qui exploitent le contenu et les fonctions communautaires est gratuite pour ce qui est des services de base mais payante au-delà.

Il est donc possible de s’affilier au portail ? Oui, Libfly est ouvert aux professionnels des médias et de la chaine du livre à commencer par les bibliothèques : il leurs permet de se référencer. Grâce à un outil spécialement développé, elles peuvent préparer leurs données. Leurs listes de titres sont ensuite publiables en ligne sur Libfly.

element bib

“C’est le lecteur qui est visé”

Comment faites-vous pour vous faire connaître?” Le projet Libfly s’inscrit dans la continuité de nos activités mais développe également sa propre notoriété par le bouche à oreille, la communication Web, les réseaux sociaux, les médias… C’est le lecteur qui est visé. Nous avons aussi le « libget », un widget qui peut être repris sur un site, un blog…

Comment fidélisez-vous vos membres? Par la richesse des contenus et la qualité des services offerts. L’esprit Libfly est celui du partage, de la communauté passionnée. Nous récompensons aussi la participation des inscrits avec un programme « contributeurs » donnant des points convertibles en bons d’achat de livres. Plus le « Flyer » contribue, plus il gagne de points …

Disponibilité des ouvrages dans les bibliothèques partenaires, gestion du prêt entre amis

Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres réseaux sociaux de livres? Certaines de nos fonctionnalités sont similaires mais chacun a son positionnement et son originalité. Libfly se situe dans une démarche de découverte mais aussi de facilitation d’accès au livre et à la lecture. Ainsi par exemple, nous sommes la seule plateforme à proposer l’affichage en direct de la disponibilité des ouvrages dans les bibliothèques partenaires et la seule à proposer la gestion du prêt entre amis.

Pouvez-vous déjà tirer un premier bilan de votre expérience? Après seulement 3 mois de fonctionnement, les retours sont extrêmement positifs sur la facilité d’usage, l’ergonomie et bien sûr les services proposés, en particulier le prêt. Mais nous n’en sommes qu’aux débuts. Les ambitions du projet sont très grandes et nous comptons maintenir durablement un investissement important dans le développement de la communauté Libfly.

Nouvelle application Facebook, déclinaison sur mobile

Quelles sont vos perspectives? Nous souhaitons développer la communauté et l’élargir dans un premier temps à la francophonie, puis aux autres communautés linguistiques. Archimed possède une filiale en Tunisie qui commercialise l’offre logicielle du groupe au Maghreb. Archimed Tunisie est un centre d’expertise pour le multilingue et le multi-alphabet et a par exemple récemment équipé le réseau des bibliothèques publiques du Maroc. Autant de perspectives internationales pour notre projet … Dans le cadre des évolutions, il s’agit de toujours privilégier l’ergonomie du portail et de ses dérivés, pour être ouvert à l’utilisateur novice et le guider, à l’inverse d’autres portails communautaires qui semblent parfois réservés aux habitués des nouvelles technologies ou du monde professionnel de la documentation. Mais il s’agit également de développer et de proposer de nouveaux services. Ainsi, une nouvelle application Facebook a vu le jour début Février, une déclinaison sur mobile est en développement et l’intégration de publications numériques dans le portail est en projet. Sur tous ces volets, l’utilisateur est au centre des préoccupations de Libfly et la promotion de la lecture est la clef du succès.

Merci à M. Olivier Walbecq pour le temps qu’il a bien voulu m’accorder.

Nathalie Naquin, MBA Part Time 2008.

Comments are now closed for this article.