Attention : … Internet vous rend (peut-être) stupide !

Et si c’était vrai ?

Stupid
Stupid 2
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Une certaine apathie dans l’avancement de ma thèse professionnelle, m’a fait récemment prendre conscience de certains effets indésirables d’Internet.

Cerveau ramolli …

Le journaliste Nicholas CARR (The Atlantic), dans un article d’août 2008, émettait l’hypothèse que le mode de lecture conditionne la pensée. Et concernant les pratiques liées aux nouveaux média, il pointe quelques mutations en train, selon lui, de s’opérer :

  • Lecture superficielle : cette pratique que nous avons acquise au fil des siècles, essentiellement à l’aide de supports physiques (livres, magazines…), a permis à notre cerveau de développer une forme de lecture « profonde », mobilisant l’attention, une concentration soutenue, une focalisation sensorielle exclusive sur un temps continu, autour d’un bloc de texte structuré. Depuis le web (surf et lecture sur écran), l’exercice consiste davantage à picorer et à « rassembler les morceaux », en mode multi-formats et par à-coup. Il s’agit plus de “synthétiser une masse d’information éparses” pour en extraire un sens, que d’analyser en profondeur un contenu déjà cohérent.
  • Éparpillement : Le mode cognitif induit par les moteurs de recherche favorise la quantité d’informations par le biais des innombrables liens remontés via les quelques mots clés de départ. Certes, ceci développe la créativité (accès à des thèmes similaires, extension du champ sémantique), mais c’est aussi un risque d’égarement. Pour des esprits jeunes et pas encore formés, le risque est de ne développer qu’une vision parcellaire d’un tout, et de perdre la capacité cognitive plus globale, la mémoire à long terme, la compréhension de concepts ardus.

On le comprend, la logique HTML, tout en matérialisant les liens, déconstruit la pensée. La thèse de N. CARR va plus loin en avançant, non seulement que le média restructure la pensée, mais qu’il tend aussi à restructurer nos cerveaux (!).

Autre approche, celle du philosophe et directeur du département du développement culturel au Centre Georges-Pompidou (où il dirige également l’IRI – Institut de recherche et d’innovation), Bernard STIEGLER.

Il pose la question de la numérisation des savoirs (leur création, leur production, leur diffusion). Internet est, dit-il, une des plus grandes mutations dans notre histoire industrielle, un fait technique majeur avec ses risques (importants) et ses opportunités (immenses).

A travers l’association Ars Industrialis, créée en 2005 et dont il est un des co-fondateurs, il explore et interroge les domaines des technologies, de la connaissance, des médias, pour développer une véritable “écologie de l’esprit”, qui serait moins soumise aux impératifs de l’économie industrielle.

  • Saturation cognitive : De part leur flux continuel et exponentiel, les informations, normalement utilisées pour la prise de décision, finissent par devenir un élément de blocage qui paralyse l’action.
  • Psycho-pouvoir : Les industries culturelles (dont s’inspirent d’ailleurs les stratégies entrepreneuriales et politiques) mettent en œuvre des objectifs de captation organisée de l’attention (TV, radios, cinéma … Le fameux “temps de cerveau disponible”…) dans une sorte d’hallucination collective, qui tend à niveler la motivation, le désir individuel et le soin de soi.

Et ce qui était vrai avant le web l’est encore davantage aujourd’hui : les nouveaux média, par leur forte dynamique invasive (portables, téléphones mobiles) et métrique (on mesure tout …) renforcent encore cette tendance à l’hyper-attention.

  • Lecture industrielle : Dans la même mouvance (Bernard STIEGLER et lui ont co-écrit l’ouvrage “Pour en finir avec la mécroissance“), Alain GIFFARD, spécialiste des technologies de l’écrit pointe une nouvelle forme de lecture (davantage de “consommation” que “d’information”), produit par le modèle Google, et où le “trouver” remplace le “connaître”.
  • Le culte de l’amateur : le Californien Andrew Keen, auteur d’un récent pamphlet, prend à partie les idolâtres de la nouvelle « démocratie » de l’Internet. Il dénonce un « culte de l’amateur », qui tend à se substituer au respect de la qualité et au savoir de l’expert (Wikipédia et autre sites “d’information”) et pourfend Youtube, MySpace et autres sites participatifs comme favorisant “médiocrité, narcissisme et conformisme”.

Bêtas, anxieux et associaux …

Pour parachever ce bilan presque inquiétant, voici un résultat issu d’une récente (belge publié dans le journal “Le Soir”) sur l’usage d’Internet par des jeunes : Un échantillon de 1.865 individus a obtenu 7,67 sur 20 comme note moyenne dans l’utilisation d’Internet. Les étudiants vont chercher des données par Yahoo et Google, mais ce sont les mauvaises qu’ils ramènent. En cause, le manque de méthode, le manque d’esprit critique, le manque de compréhension du sujet et de ses mots-clés, et surtout un manque de connaissance des autres moyens. Il faut donc se forcer à fréquenter d’autres sources que la Toile. Et comprendre les aberrations et les limites d’Internet.

Selon une étude canadienne réalisée auprès de 20 000 individus par l’Institut officiel de la statistique et dévoilée en 2006, les “grands consommateurs” d’Internet sont moins actifs, plus solitaires, passent moins de temps avec leurs enfants ou l’être aimé et sont moins enclins à sortir. Ils consacrent aussi significativement moins de temps que les non-utilisateurs à un travail rémunéré et aux tâches domestiques et passent moins de temps à dormir, se détendre, se reposer ou réfléchir, poursuit l’étude.

Enfin, les enquêtes les plus sérieuses l’attestent : le goût de la lecture se perd, surtout chez les jeunes. Le phénomène remonte à l’irruption de la télévision, il se poursuit à l’ère d’Internet. Aujourd’hui s’accentue sans doute un retour vers l’oralité, identifié dès les années 1980 par le linguiste Walter Ong. On pourrait également assister à un retour vers la situation précédant l’ère de la scolarisation de masse, la lecture devenant l’apanage d’une « classe de lecteurs » distincte du reste de la société. Un autre risque est de renforcer le confort des idées reçues.

Même pas mal ! …

Petite note positive … Même si les membres de la génération dite « Internet » n’ont pas bonne presse auprès de leurs aînés, les parents peuvent se rassurer. Auteur d’une véritable radiographie de cette génération, financée par de grandes entreprises, le Canadien Don Tapscott est formel : si différence il y a, elle est positive. Les enfants du Net sont plus malins, plus rapides et plus ouverts à la diversité que leurs prédécesseurs:, écrit-il. Imagerie cérébrale et enquête sociologique à l’appui.

Enfin, finissons en paraphrasant l’immense danseur contemporain Merce Cunningham, mort récemment à l’âge vénérable de 90 ans qui, évoquant sont travail de chorégraphe, disait : Il me semble que nous travaillons de la manière dont la société fonctionne aujourd’hui. Être capable d’assembler des fragments longs et courts est une chose que nous devons faire sans arrêt, dans la vie, sans même y penser. La société se disperse tellement. Regardez comment elle se désintègre. Tant de choses s’écroulent, tant de gens ont toutes sortes de problèmes. Il n’y a pas de centre. Or, le centre repose en chacun de nous. Et c’est à chacun de trouver le sien.

Voir aussi :

Billet publié par Yves PHILIPPE – Promo MCI Part Time 2008

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