Comment les enfants font leurs recherches sur internet avec les interfaces de mots-clés :

L’utilisation d’internet par les enfants est un constat tout a fait banal ; mais comprendre leurs difficultés pour rechercher est une autre chose.

12 enfants de Washington D.C. ont participé à l’étude :

  • 5 garçons
  • 7 filles

La répartition des âges (diverses études prouvant les différences comportementales entre ces âges) :

  • 4 enfants : 7 ans
  • 4 enfants : 9 ans
  • 4 enfants : 11 ans

L’étude réalisée par la Human-Computer Interaction Lab de l’Université de Maryland et par Google avec Hilary Hutchinson, User Experience Researcher, nous révelle quelques résultats très intéressants sur certains freins pour une recherche optimale par les enfants comme :

  • l’orthographe
  • la frappe
  • la formulation de requêtes
  • comment déchiffrer les résultat

Résultats de l’étude : 8 points principaux :

1. Interaction des enfants avec l’écran et le clavier : Un des constats les plus frappant de l’étude est l’impact du manque d’interaction écran-clavier. Les enfants de tout âge confondu, ne savent pas où se trouvent les lettres sur le clavier, donc ils écrivent lettre par lettre. Une fois tout écrit, c’est alors qu’ils regardent ce qu’il se passe à l’écran avant de cliquer pour lancer la requête.

Néanmoins, pour les requêtes plus complexes, ils jettent de temps en temps un coup d’oeil à l’écran, mais pas suffisamment longtemps pour voir l’auto complétion proposée souvent par les moteurs de recherche.

2. Connaissance et usage de Google : La plupart des enfants connaissait la recherche sur Google avant le test. 10 sur 12 utilisaient Google régulièrement, même si la plupart ne sont pas très familiers avec toutes les fonctions. Seulement 1 ne l’avait jamais utilisé.

En demandant aux enfants d’expliquer comment fonctionne Google,

  • 7 enfants ont fait allusion à la zone d’insertion de texte.
  • seulement 4 ont mentionné la page de résultats,
  • 3 connaissaient les différents filtres comme Google Images, Maps, News ou autres.
  • 1 seul a su décrire le bouton “J’ai de la chance”.
  • La perception globale du moteur de recherche Google est positive, pouvant se résumer ainsi :
  • “Google c’est facile et j’aime Google”
  • “Je peux trouver beaucoup de choses”

3. Sens de frustration pendant la recherche : Ce qui frustre le plus les enfants, c’est de ne pas trouver ce qu’ils recherchent. ”* “Il n’y a pas ce que l’on cherche”

  • “Google comprend tout l’internet, Ce qui n’est pas sur Google, n’est nulle part.””

Les enfants de tout âge ont été très précis en décrivant la source de leur frustration :

  • difficulté à savoir à quoi servent les boutons arrière et avant
  • difficulté à savoir que faire en cas de message d’erreur

Au cas par cas, chaque tranche d’âge trouvait sa propre frustration :

  • celle des plus jeunes venait du fait de la difficulté dans l’orthographe ou, en moindre proportion, des messages d’erreur dans le navigateur
  • celle des plus âgés venait du fait de ne pas arriver à trouver l’information souhaitée

4. L’orthographe et la saisie des mots : Quasiment tous les enfants tapent avec deux doigts et ne regardent uniquement que leurs claviers, en cherchant à trouver la bonne lettre. Presque tous étaient conscient que la maîtrise de la frape peut bien leur aider dans leurs recherches.

Tous les enfants de 7 ans ont des fautes de frape, et ce n’est que vers les 11 ans que ceci commence à s’améliorer. Les requêtes mal écrites où l’enfant recevait le message “Essayez avec cette orthographe” venaient à leurs secours, sauf quand les erreurs étaient trop importants, où les orthographes proposées étaient trop éloignées du sujet.

Les recherches sur la fonction “Essayez avec cette orthographe” ou la saisie semi-automatique montrent que ce sont des outils nécessaires en vue de la mauvaise frape de l’internaute moyen, mais montrent aussi qu’aux yeux des enfants ces outils ne se font pas trop remarquer par les enfants.

5. Le champs de saisie de la requête : La majorité des enfants de l’étude tapaient leur requête à l’intérieur du champs de requête de la page d’accueil. Ceux qui utilisent la barre de navigation le font en connaissant l’url du site à visiter, et n’ont pas eu besoin de passer par la recherche par un moteur de recherche. Afin d’effectuer une deuxième recherche, certains enfants cliquaient sur le bouton “précédent” et pour être à nouveau sur la page d’accueil. Les recherches dans la barre d’outils étaient moins fréquentes ; cette partie étant moins visible aux yeux et à la compréhension d’un enfant.

6. L’approche des enfants lors de requêtes complexes : Une demande complexe a été posé aux enfants : “Quel jour de la semaine sera l’anniversaire du vice-président l’année prochaine ?” Aucun n’a su répondre. Seulement un des enfants de 9 ans a tenté de raisonner en disant que la recherche devait se diviser en deux étapes. La réponse aurait nécessité de 3 requêtes indépendantes :

  1. qui est le vice-président
  2. quel est le jour de son anniversaire
  3. un calendrier de la prochaine année

Les enfants ne se sont pas forcé à trouver la réponse, et certains ont répondu : “Personne met cette information sur internet parce que personne ne s’intéresserait à ça.” Jusqu’à présent, aucune étude a été menée au sujet des limites des enfants sur les requêtes à mots-clés multiples. Néanmoins, pour ce type de demande, les enfants ont privilégié le langage naturel aux mots-clés : ils ont copier-coller la question dans le navigateur : …quel jour de la semaine…?”

7. Comment les enfants utilisent les résultats ; La plupart des enfants n’est pas allé à la deuxième page de résultat et n’a presque vu que les premiers cinq résultats. Les enfants ont rapidement estimé que, s’il n’y a pas de réponse, c’est parce ce que celle-ci ne se trouve pas sur internet, ce qui prouve une espèce de foi absolue sur la technologie.

8. Ce que enfants et parents attendent des outils de recherche : Les enfants attendent quelque chose de plus adapté à eux, une sorte de “outil magique” où ils pourraient avoir des inputs visuel/ audio ou un affichage plus adapté. Un des enfants a souligné qu’une solution pourrait être un seul résultat, mais le meilleur.

Quelques idées plus imaginatives :

  • des outils de recherche télépathique
  • plus de boutons sur le clavier
  • ou des microphones magiques pour transcrire les requêtes

Développement de futures interfaces de recherche :

1. Chercher d’autres méthodes de recherche : Pour les enfants, d’autres méthodes de recherche sont souhaitables :

  • moins de résultats mais plus pertinents
  • amélioration de la saisie semi-automatique
  • possibilité de cliquer sur des catégories prédéfinies
  • possibilité de faire une recherche audio

2. Explorer d’autres algorithmes de saisie semi-automatique : La saisie semi-automatique telle qu’elle est aujourd’hui, n’est pas adaptée pour les enfants de 7 à 11 ans, qui regardent l’écran uniquement quand ils finissent d’écrire leur requête.

Une solution pourrait être de donner des suggestions après un certain temp, ou quand ils cliquent sur le bouton “rechercher“. Ceci pourrait cerner les fautes d’orthographe et proposer des suggestions pour les requêtes plus complexes.

Une autre solution pourrait être de proposer la saisie semi-automatique en bas de l’écran bien visible, visant à attirer l’attention de l’enfant.

3. Limiter ou étendre les résultats de recherche : Les résultats montrent que présenter les résultats à la verticale et par page n’est pas la meilleure approche pour les enfants. Le plus adapté serait :

  • une seule page
  • des résultats avec moins de texte et moins de liens

Toutefois, pour indiquer aux enfants de l’existence d’autres pages, il faudrait développer une nouvelle interface adaptée.

4. Interface ciblée par âges Si la question de la sécurité reste une préoccupation majeurs, une interface appropriée pour les enfants ne l’est pas moins. Les enfants ont du mal à faire des recherches par mots-clés, Une adaptation temporaire de l’interface pourrait les aider dans leurs recherches, avec plus d’options visuels et audio. Pour les résultats, étant donné que leur attention se focalise uniquement sur les premiers résultats, il faudrait adapter le contenu des réponses à leur niveau de lecture.

CONCLUSION ET PROCHAINS DÉVELOPPEMENTS : Cette première étude a révélé plusieurs problèmes critiques des enfants dans leurS recherches sur internet, comme l’orthographe ou le fait de ne pas regarder l’écran durant la saisie. Ceci prouve que des outils tels que la saisie semi-automatique passe inaperçue pour les enfants.

L’étude montre aussi que les enfants ne savent pas encore comment trouver un résultat qui demande l’addition de plusieurs recherches.

En ce qui concerne les résultats de recherche, les enfants ne s’aperçoivent que des 3 ou 4 premiers résultats de la première page, et se sentent frustrés si ceux-ci ne leur offrent pas le résultat souhaité.


Nous cherchons à trouver le raisonnement sur lequel les enfants se basent pour déterminer si un résultat est bon ou mauvais ; de la même façon que nous cherchons à trouver des différences de comportement entre filles et garçons, ou entre enfants de différents niveaux socioculturels.

L’idée principale étant de développer des solutions adaptées à une meilleure expérience de recherche des enfants.

source : How Children Search the Internet with Keyword Interfaces

Sophie Mateo

2 Comments

  1. lulu

    J’aime beaucoup la logique des enfants qui à la question “Comment faire” répondent “faire ça est inutile”. Ce sont eux qui ont raison et avant de se demander comment faire telle où telle chose, on devrait souvent se demander si c’est utile…
    Par contre, un échantillon de 12 enfants parait bien petit….

  2. Corinne

    Article super interessant. Pas mal de problèmes mis en lumière peuvent être pris en compte lors de la conception d’interfaces destinées au grand pubblic… Concernant l’echantillon de 12 enfants, et pour répondre à lulu, cela ne me choque pas : on est dans le meme type d’études que celles menées en ergonomie, dans lesquelles ce que l’on recherche n’est pas d’obtenir des “statistiques” mais bien des “résultats qualitatifs” mettant en relief la survenue (ou non) de problèmes d’usage (à lire, un article de Nielsen, sur http://www.useit.com/alertbox/20000…)