GOOGLE ÜBER ALLES (2/3)

Rappel de l’épisode précédent :

Oui, chaque jour Google métamorphose mon monde, avec sa force de proposition, ses innovations et ses astuces.

Google Universal Search

… Mais, chaque jour aussi, les serveurs du « Géant de Montain View » accumulent de nouveaux détails sur mon intimité et mon identité numérique, traquent mes mots clés et associations d’idées pour optimiser leur logique apprenante, intègrent mes conseils et contributions, prennent le pouls de mes ressentis et commentaires … et me servent en retour leurs fameux liens contextuels.

Alors …

Google is my friend … or my (big) brother ?

Pour être franc(ais ?), je trouve hypocrite le côté « Je mate mais je ne touche pas » ou « J’écoute mais je ne comprends pas » de la méthode Google.

Pas dangereux, mais intrusif, tant le contrat est flou et tant on pousse loin l’analyse et la surveillance de contenu à des fins d’efficacité publicitaire.

Pas massif, mais bizarre, tant le rapport de cause à effet est constaté quasiment en direct.

Et demain, qu’en sera-t-il avec les recherches sur les vidéos (« speech to text », qui indexe sous format écrit des mots prononcés dans des vidéos… YouTube), sur le son (notamment sous G1 Androïd) et l’internet sensoriel ?

Et quitte à fâcher, voici quelques autres thèmes de débats qui méritent d’être cités:

Respect de la vie privée :
La « lecture » des courriers ne se limiterait pas aux seuls titulaires de comptes Google, la montée en puissance des applications partagées (Docs, Sites, Talk, Groups…) étendant d’autant les domaines d’intervention des robots suiveurs. Gageons que les grands groupes privés qui auront troqué la suite Microsoft Office contre pour le Pack Office Google auront pris la précaution d’exclure leurs documents du regard indiscret d’AdSense !

Stockage, conservation des logs :
Yahoo vient de limiter à 3 mois ce délai de conservation, tandis qu’Ixquick (qui était en 2006 le premier moteur de recherche à effacer dans un délai de 48 heures les détails d’informations confidentielles telles que les adresses IP) vient de recevoir le premier Sceau Européen de la protection de la vie privée. La conservation et le droit des sources sont un autre versant de ce point (par exemple quand vous alimentez Map Maker, sans pouvoir récupérer vos données) … Google : encore « Free », mais pas tout à fait « Open ».

Droit d’auteur :
C’est un point « chaud » car il recouvre de nombreux domaines qui ont déjà fait l’objet de plaintes en justice :

  • Livres : la numérisation en cours pose un problème complexe de droits d’auteurs, le contrat entre Google et l’Université du Michigan, conforme au Fair use américain, une exception dans la loi américaine sur le droit d’auteur, lui permettant de reproduire des parties d’ouvrages encore sous droit d’auteur pour des objectifs de recherche. Par ailleurs, on a vu monter une controverse, notamment en Europe, accusant Google d’une tentative de « monopolisation » de la littérature (tout passe par un seul acteur mondial), ou inversement d’une « américanisation » (par un effet de loupe qui limiterait la diversité culturelle).
  • Presse : il a fallu 2 ans pour que l’AFP trouve un accord autorisant Google à diffuser ses dépêches. Par ailleurs, lors des récents Etats Généraux de la Presse, on a vu s’insurger les participants qui ont fait part de leurs inquiétudes croissantes sur la question de la position « dominante » de Google sur le secteur tant de la publicité, en ligne que sur le « search ».
  • Vidéo : si Jean-Yves Lambert (dit Jean-Yves Lafesse) a finalement gagné 60 000 € contre YouTube, c’est au prix d’un bataille judiciaire de plusieurs années. Alors qu’en est-il des autres « grands artistes ainsi spoliés des revenus de leur œuvre » ?
  • Autres débats : la stratégie de « portalisation » de Google, manne publicitaire oblige (Google News rapporte 100 M$ par an en clics additionnels), vise à maintenir présent l’internaute sur « les espaces » Google, par exemple en lui apportant directement une information qu’il ne prendra plus la peine d’aller chercher sur le site référent… La question se pose avec d’autant plus d’acuité que certains résultats de recherche afficheraient bientôt des données courtes (N° de téléphones ou horaires …). Google a-t-il le droit de fournir une information à la place du tiers-auteur et de contenir ainsi une partie du trafic pour lui seul ?

Droit de diffusion :
Récemment, Google est officiellement revenu sur une possible remise en cause du principe de neutralité du net qui permet que l’ensemble des acteurs bénéficient de la même capacité du réseau. En effet, la multiplication des services sur Internet, dont ceux très gourmands en bande passante (vidéo, haute définition), oblige les opérateurs à développer sans cesse des structures plus performantes … et chères. En échange d’une (grosse) participation financière, certains (gros) acteurs du net pourraient prétendre bénéficier d’un droit de diffusion facilité : « Je paye donc je passe »…
Le débat est loin d’être clos, car les investissements croissants de Google dans ses propres réseaux (satellites, Wimax, …à l’image du français Free qui investit 1 Md€ sur 5 ans pour son réseau privé), montrent qu’il serait à même de profiter d’éventuels « passe-droits » de la part des fournisseurs d’infrastructures…sans pour autant en être trop dépendant.

Biais concurrentiel :
La régie DoubleClick voit passer l’essentiel des flux sur ses AdServeurs, permet à sa maison mère de mesurer l’attrait des sites … et de lancer des « Me too » grâce à des infos de première main. L’exemple de Google Movies en France, qui chiffonne actuellement Allociné (on tape davantage « allociné » que « cinéma » pour recherche une séance …), en est un des derniers avatars … Ou bien Allociné se serait-il déjà inspiré de Google Movies US (2001) ?

Encombrement :
L’emplacement N°1, c’est la première page de résultats. Or, Google indexe de plus en plus le « gratuit » (blogs, wikipédia …), voire… Google lui-même (Map, News…), à travers une mise en abîme de ses propres sites, genre « la télé parle de la télé ». La conséquence malencontreuse est de reléguer aux pages suivantes les liens génériques (autant dire dans le fond du placard, à l’ère cybernétique), dont bien sûr ceux des sites marchands qui préfère le SEO au SEA.

Destruction de valeur :
Quid de Nielsen, SeeUrank, ViaMichelin … ou MS-Office, quand Google offre gratuitement ses AdPlanner, Map et autres suites logicielles. Bref, à quand la gestion comptable ou les consultations médicales en ligne, les contrôles ophtalmologiques via webcam ou les lignes de la main sur l’imprimante-scanner … au grand dam de Mme Irma.

La question “chinoise” :
La société Dynamic Internet Technology a mené des tests qui ont révélé que Google omet de ses résultats les sites bannis par le gouvernement chinois, quand la recherche est effectuée à partir d’ordinateurs connectés en Chine (alors que ces sites sont mentionnés si la requête provient d’une machine située ailleurs dans le monde).Cette situation est similaire pour la plupart des moteurs de recherche en Chine.

On le voit à travers ces quelques exemples, il n’est pas toujours facile de monter en puissance sans faire de vagues. Google : 10 ans et toutes ses dents… crocs

My Google is rich… and powerfull !

Alors ?…

Le jeu en vaut-il le service ? … Le noble projet de départ s’est-il perverti ? … Trop d’argent contrarie-t-il les belles idées ? … Est-il normal que l’hiver soit si froid ?

Force est de constater que Google est clairement au-dessus du lot (Über alles …) et que la p’tite start-up a passé sans encombre l’éclatement de la bulle Internet de 2001.

Mais aujourd’hui, sur quoi mise Google pour fonder son développement des 5 ou 10 prochaines années ?

Peu en pointe dans les nouvelles tendances (micro-blogging, social bookmarking, people searching, wiki, digg-like…), peu tenté de venir chatouiller les grands sites marchands qui font sa fortune, en peine avec la pub sur les réseaux sociaux, contraint de fermer certaines applications, concurrencé sur la recherche par des Yahoo et MSN qui ont amélioré leurs résultats de recherche et poussent les feux … Google se cherche.

Car l’actuelle crise de la publicité est autrement plus grave que la précédente et le message semble clair chez Google : les demi-succès devront laisser la place à des services plus rémunérateurs, à même de rassurer des actionnaires exigeants. Difficile de trouver de nouveaux relais de croissance quand 95% des revenus viennent des liens sponsorisés.

Alors, comment rester « capable du meilleur », même avec une perte relative de réactivité, sans verser dans la force du pouvoir ou l’achat trop opportuniste ?

Hé bien, cher(e) lect(rice)eur, c’est tout l’enjeu de la bataille de ce qui se joue en ce moment même sous tes yeux ébahis… Pour découvrir la suite, c’est ici.

Lien vers l’épisode N°1 de la saga Google :

Sources utiles :

* www.abondance.com
* googlexxl.blogspot.com
* www.zorgloob.com
* www.branchez-vous.com
* www.silicon.fr
* www.google-stories.com
* fr.wikipedia.org/wiki/Google
* www.zdnet.fr/
* blog.kagou.fr

Billet publié par Yves PHILIPPE – Promo MCI Part Time 2008

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