Internet et aménagement du territoire

Gatien Elie, Allan Popelard et Paul Vannier dans un article intitulé “exode urbain, exil rural” font le constat suivant :   “Alors que le peuplement se diffuse extensivement de plus en plus loin des villes, l’emploi tend à l’inverse à s’agglomérer intensivement dans les pôles urbains. En raison de cette discordance entre la géographie de l’emploi, l’espace rural, pour ceux qui ne peuvent pas faire quotidiennement la navette entre lieu de résidence et lieu de travail, se transforme en espace de paupérisation …”

Sans remettre en question l’article, on peut le nuancer en constatant que les choses évoluent.

Si la concentration d’activités autour de certaines zones géographiques  a permis de garantir une certaine efficacité économique pendant des années , l’entrée dans l’air numérique et la tertiarisation de l’économie a rendu ce mode d’organisation moins pertinent.
Cette centralisation pose un certain nombre de problèmes notamment en matière d’aménagement du territoire, en France en particulier où elle est culturellement très ancrée. Vivre en zone urbaine, à Paris par exemple, n’est souvent pas un choix mais une obligation dans la mesure où l’emploi s’y concentre. Cette situation semble quelque peu absurde parce qu’économiquement de moins en moins justifiable et socialement potentiellement explosive.

Les nouvelles technologies offrent aujourd’hui des outils qui vont ou sont en train de faire bouger les lignes et devraient permettre à moyen terme de désenclaver certaines régions, permettant ainsi à des personnes de se réinstaller dans des espaces (ruraux notamment) désertés .

Une des évolutions en cours ( révolution ? ) est l’accélération du développement du télétravail. Plusieurs accords ont été récemment signés par de grandes entreprises  ( Orange, HP , Air France, Accenture… voir liste). Elles s’engagent dans cette pratique essentiellement pour des raisons économiques. Marc Thiollier DG d’Accenture le confirmait lors d’une conférence à ILV. Développer le télétravail pour une entreprise signifie souvent réduire ses charges foncières.
 Parallèlement, le politique essaie d’imposer une législation sur le sujet pour compléter et sécuriser les textes ou la jurisprudence (proposition de loi adoptée en première lecture par l’Assemblé nationale le 9 juin 2009).

Son développement rencontre toutefois des résistances.
Curieusement,  les syndicats qui devraient défendre le bien être des salariés ne sont pas toujours favorables à sa mise en place. Outre le fait que le télétravail peut brouiller les frontières entre vie privée et vie en entreprise, l’outsourcing est une menace très rapidement (trop ?) associée au travail à distance. Promouvoir le télétravail, n’est ce pas à terme inciter les entreprises à externaliser certains postes au profit de télétravailleurs étrangers moins coûteux  (voir article « Outsourcing to india draws western lawyers“). M Thiollier lors de la même conférence à ILV, indiquait que cet argument ne tient pas dans la mesure où le télétravail permet au contraire de reculer l’échéance. Reculer l’échéance ….
Des résistances se manifestent au sein même des instances dirigeantes des entreprises. Le télétravail n’est pas neutre en termes d’organisation et de management. Gérer des télétravailleurs, c’est accepter dans une certaine mesure de perdre partiellement le contrôle de ses équipes. Dans nos organisations très hiérarchisées, cette situation est inconfortable pour l’égo de nombreux managers.

Le télétravail n’est probablement qu’une partie de la solution pour réaménager le territoire parce qu’en définitive, il ne créé pas d’emplois, “il ne fait qu’élargir l’offre de travail à des bassins d’emplois ou à des territoires éloignés” (Pierre Morel à L’Huissier).

Ce que les territoires doivent comprendre, et beaucoup l’ont déjà compris, c’est que la dématérialisation des processus de production dans certains secteurs va permettre de créer des emplois en dehors de toute contrainte géographique et devrait donc permettre à des personnes de se réinstaller de façon pérenne sur ces territoires. Les élus locaux ont tout à y gagner. Pour en en bénéficier, ils devront au préalable “préparer le terrain” en mettant en place les infrastructures nécessaires pour accompagner le mouvement. L’accès au très haut débit est un pré-requis. Là encore, le train est en marche. Le 4 août le gouvernement lançait le programme national très haut débit.

La semaine prochaine se tiendra « l’université d’été pour les territoires ». Toutes ces problématiques seront discutées. Demandez le programme

Sébastien Huchet ( @sebhuc )– MCI part time 2009 / 2010

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