Internet, melting-pot linguistique

Eh non cet article n’aborde pas l’apprentissage des langues via internet a contrario de ce que pourrait laisser entendre son titre. Sachant qu’environ 1.9 milliard d’individus a accès à Internet, je me suis tout simplement demandé quelles sont les langues les plus parlées sur le web. Le postulat de départ était “Internet étant largement trusté par les Anglo-Saxons, l’anglais est-il l’idiome number one incontesté du web ?” Si l’on considère le poids démographique des locuteurs de chaque “grande langue”, rien n’est moins sûr…

L’anglais en pôle position, le chinois dans le rétroviseur

Avec 536 millions d’internautes l’utilisant quotidiennement, l’anglais demeure depuis les origines du web la langue la plus employée sur la Toile. Mais ce leadership s’explique également par le fait que nombre d’utilisateurs non Anglo-Saxons se servent également de cette langue pour leurs recherches pour en maximiser l’efficience. La langue universelle a de beaux jours devant elle.

Pourtant, comme vous le pressentiez, le chinois ne cesse de “gagner des parts de marché”. Avec 1.3 milliard de locuteurs dans le monde et un nombre croissant de personnes connectées, cette langue aligne 445 millions d’internautes. L’utilisation du mandarin sur le web a enregistré une hausse de 1 162% entre 2000 et 2010 pendant que l’usage de l’anglais croissait de 250%. L’usage du chinois se développe donc presque cinq fois plus vite que celui de la langue de Shakespeare. Il est donc clair que celle-ci sera détrônée dans les prochaines années par la langue de Confucius. Mais la vraie bataille se cristallise surtout autour des challengers de l’anglais et du chinois.

La médaille de bronze et les prétendants au podium

Logiquement, on se dit que l’espagnol doit compléter le podium. Eh bien, la logique a du bon : 153 millions de personnes emploient la langue de Cervantés. Les hispaniques remportent donc la médaille de bronze.  L’hindi aurait fait un très bon prétendant puisque c’est démographiquement une des langues les plus parlées au monde. Mais les Indiens lui préfèrent l’anglais lorsqu’ils se connectent à Internet. Pourtant, au regard de la population hispanique, à savoir 450 millions d’individus, l’espagnol n’arrive que loin derrière les deux poids lourds évoqués précédemment. Tout simplement parce que seuls 86.5 millions sont internautes.

Là, on se dit “le français va pointer le bout de son nez en tant que grande langue”. Eh bien pas tout de suite. L’Empire du Soleil Levant dispose de 99 millions d’utilisateurs quotidiens sur la Toile, les lusophones suivent avec 82.5 millions d’utilisateurs avec le portugais comme langue première puis nos cousins germains leur emboîtent le pas avec 75 millions. Mais où est donc passé le français ? Les efforts de l’Organisation Internationale de la Francophonie n’ont-ils aucune portée ? L’honneur est sauf : 60 millions d’internautes utilisent le français sur Internet ; les locuteurs arabes se glissant juste devant eux en étant 65 millions. La langue de Molière occupe donc la huitième place. Pas si mal bien que nous soyons 220 millions de francophones dans le monde… Le russe (59 millions) et le coréen (39 millions) closent le Top 10. Rassurons-nous : bien que le russe tâlonne le français, notre langue est la troisième langue la plus dynamique sur le web après l’anglais et l’allemand selon l’Observatoire de la Diversité Culturelle et Linguistique. La production de contenus en français explose.

90% des langues parlées dans le monde ne sont pas représentées sur Internet

Les disparités observées entre ces “grandes langues” démontrent que le poids d’une langue sur le web est essentiellement corrélé à la possibilité économique des peuples d’être reliés au réseau. Il y a 220 millions de locuteurs francophones mais seuls 27% s’expriment électroniquement. Parmi ces 220 millions, il y a 120 millions d’africains. L’accès à Internet est donc moindre pour certains francophones.  Même chose pour certains pays d’Amérique du Sud ou d’Asie. Le poids démographique n’est donc pas forcément synonyme de représentativité sur le web. D’ailleurs, selon l’étude Internet World Stats conduite par Miniwatts Marketing Group en 2010, 90% des langues parlées dans le monde sont absentes de la Toile.

En conclusion et, en forçant un peu le trait (pas mon genre ;)), un e-entrepreneur français d’origine chinoise parlant couramment l’anglais basé à Tokyo et ayant une équipe européenne à Berlin a tout gagné. Thank you for reading mi artículo. Baci a tutti amici miei. Sayonara.

Sébastien Jehlen – MBA MCI Part-Time 2010/2011

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