Internet va-t-il refaire des bulles?

Le titre peut prêter à sourire car effectivement, depuis l’éclatement de la bulle Internet en 2000, les analystes financiers ont décrypté le phénomène afin d’en tirer les enseignements qui s’ imposent. Aucun risque donc qu’une autre bulle ne refasse surface. Deux évènements majeurs ont depuis affecté l’économie mondiale et suscité des inquiétudes : le 11 Septembre et puis la Crise (oui, oui, avec un C majuscule).

Heureusement, 2010 marque la fin de la Crise. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI (Fond Monétaire International) dans une interview pour Libération, et Ben Bernanke, président de la banque centrale américaine, mais aussi Jean-Claude Trichet ou encore Stephen Harper, premier ministre canadien. Bref, des gens qui ont une légitimité lorsqu’ils parlent de reprise économique. Ne sentez-vous pas le vent d’optimisme qui souffle sur vos têtes ?

Paul Kedrosky, célèbre blogueur américain, a d’ailleurs prédit que les introductions en bourse dans le domaine de l’e-business allaient exploser en 2010. Des rumeurs évoquent la possibilité de voir Facebook ou Twitter entrer en bourse dès cette année, ce qui pourrait entraîner une vague d’optimisme comme celle qu’a provoqué l’introduction en bourse de Google en 2004. Il ne faut pourtant pas perdre de vue que ce n’est pas le nombre d’introductions en bourse qui importe mais, l’ampleur de celles-ci. Cela va donc dans le bon sens, les introductions en bourse vont constituer un apport d’argent permettant aux entreprises concernées de continuer à investir et à se développer. C’est le début du cercle vertueux.

Cercle Vertueux

En fin d’année dernière, de nombreuses start-up, pour la plupart américaines ont bénéficié d’une autre forme d’apport d’argent : la levée de fond. En voici quelques exemples :

  • Aquantia, constructeur de puces électroniques, a levé 44 millions de dollars.
  • Groupon, site spécialisé dans le couponing, a levé 35 millions de dollars.
  • Zoosk, site de rencontre, a levé lui aussi 35 millions de dollars.
  • Xirrus, constructeur de réseaux WiFi, a levé 20 millions de dollars.
  • Complex Media, réseau de magazines et sites Internet à destination des hommes, a levé 12.8 millions de dollars.
  • AssurOne, site français de courtage en assurance, a levé 11.5 millions d’euros.
  • Le groupe Elbée, éditeur des sites marchands d’articles de maison Decoclico et Delamaison, a levé 10 millions d’euros.

Mais ces exemples ne sont que modestes comparés à l’ambition de certains autres sites américains comme FriendFinder ou Exact Target. Friend Finder, site de rencontre pour adultes, a annoncé en décembre 2008, vouloir lever 460 millions de dollars à travers une introduction en bourse. Un an après, elle n’est toujours pas effective, la Securities Exchange Comission, gendarme de la Bourse américaine, n’ayant toujours pas donner son aval, probablement car, au cours des neuf premiers mois de l’année 2009, Friend Finder générait 244 millions de dollars de chiffre d’affaires pour 27, 4 millions de perte… L’apport d’argent issu de l’introduction en bourse servirait donc en partie à rembourser la dette et non à financer son développement. Vous pensez donc qu’il est normal que cette entreprise ne soit pas côtée en bourse. Mais peut être serez-vous plus surpris d’apprendre que la plateforme américaine d’e-mail marketing, Exact Target, a levé 145 millions de dollars en six mois, alors qu’elle ne réalise un chiffre d’affaires « qu’à hauteur de » 72.3 millions dollars. Il ne s’agit pourtant pas du seul exemple de chiffres surprenant dans le domaine de l’e-business. Un des exemples les plus criants est Twitter.

Twitter est rentable depuis les accords passés avec Microsoft (10 millions de dollars) et Google (15 millions de dollars) et ce avec 6 mois d’avance. Ces accords permettent aux deux géants américains d’intégrer en temps réel les messages (ou tweets) postés sur la plateforme de micro-blogging, et ce directement dans les résultats de leurs moteurs de recherche. Voici l’information telle qu’elle a été relayée par les média. Malheureusement, à aucun moment, nous ne voyons l’ombre d’un chiffre estimant les bénéfices de Twitter en 2009. Les média se basent sur une simple information venant de Twitter. Avec 105 salariés, la start-up a des coûts opérationels estimés entre 20 et 25 millions de dollars. Les bénéfices devraient, selon le Journal du Net, atteindre entre quelques milliers et 5 millions de dollars.


Pour autant, cela n’a pas empêché Twitter de lever quelques 100 millions de dollars en 2009, après avoir déjà réalisé trois tours de table de, respectivement, 5 millions (en juillet 2007), 15 millions (1 an plus tard) et 35 millions de dollars (en février 2009). Soit un total de 155 millions de dollars en deux ans et demi. « Nous avons des investisseurs patients » disait Biz Stone, l’un des fondateurs de Twitter, et il a raison. Twitter est toujours à la recherche d’un modèle économique viable sur la durée. Dans cette optique, en septembre 2009, Twitter a modifié les conditions générales d’utilisation lui permettant ainsi d’intégrer de la publicité sur la plateforme. Pour autant, cela n’est pas encore effectif, mais cela n’empêche pas l’entreprise d’être valorisée à 1 milliard (oui, nous parlons bien en milliard) de dollars. Tiens, cela me rappelle quelquechose. Ah oui, je me souviens… « Une bulle économique (…) est un niveau de prix d’échange sur un marché (…) très excessif par rapport à la valeur intrinsèque des biens ou actifs échangés. »


Prévisions 2010 Twitter

«Cette valorisation peut paraître folle à première vue (ça c’est le moins que l’on puisse dire), mais elle peut avoir du sens » a dit Philippe Collombel, associé chez Partech International, avant de poursuivre « On a crié au fou lorsque Google a réalisé une IPO à 25 milliards de dollars. Il en vaut aujourd’hui 140 milliards ».

Cependant, même si le modèle de revenus basé sur la publicité reste très généralisé, il semble que Google soit un cas à part. Pourquoi ? La réponse est simple : car Google est spécialisé dans le search qui est pratiquement le seul domaine où la présence de publicités est pertinente. En effet, les internautes tapant une requête sur un moteur de recherche sont susceptibles d’être intéressés par les résultats de leurs recherches, et donc de cliquer sur un lien commercial qui pourra répondre à leur demande. Pour la plupart des sites, la publicité est périphérique et n’est pas en relation avec le contenu avec lequel elle cohabite sur la page, la publicité dite « contextualisée » n’étant pas toujours pertinente. En quoi une publicité pour la Renault Scenic est-elle en relation avec un article sur le tremblement de terre à Haiti publié sur le site du journal Le Monde ?

La valorisation deTwitter à 1 milliard de dollars s’inscrit plus probablement dans une logique d’entrer en bourse ou d’une revente. Plusieurs rumeurs évoquent le possible rachat de la plateforme de microblogging par l’un des trois géants américains : Google, Microsoft ou Apple. Cette survalorisation permettrait de fixer un prix de revente à la hausse. Twitter et les autres entreprises citées dans cet article ne sont pas les seuls exemples, il en existe d’autres. Heureusement pour nous, 2010 est l’année de la reprise économique. Vent d’optimisme, dépenses publicitaites sur Internet qui vont continuer d’augmenter (en valeur), nous sommes sauvés. Mais cet environnement n’a-t-il pas conduit à la création de la bulle Internet, puis à son éclatement ?

Tout cela ne veut pas nécessairement dire qu’une nouvelle bulle est en train de se constituer, mais certaines similitudes méritent que l’on s’y intéresse de plus près. Pourtant, à la fin de l’éclatement de la bulle, lorsque la croissance a été redynamisée, tous les analystes ont tenté de tirer les enseignements de cette malheureuse expérience. Mais, comme le disait Bernard Werber dans Les Thanatonautes : « Le discours traduisant une expérience est souvent plus important que l’expérience elle-même». Sauvés je vous dis…

Olivier Gara – MCI Full Time – Promotion « E=MCI » 2009-2010

Si vous êtes arrivé à lire l’article jusqu’à la fin (tout d’abord, merci à vous), vous devez penser : « OK, voilà un étudiant qui se prend pour un journaliste du Monde, et qui nous fait le coup de la menace de la bulle». Cet article n’a pas pour but d’être un article de spécialiste, mes compétences en finance n’étant que très limitées. Il s’agit simplement d’une réflexion personnelle que je souhaitais vous faire partager et qui, je l’espère, suscitera chez vous l’envie de s’exprimer sur ce sujet au travers de commentaires ou de bulletins sur ce sujet.

2 Comments

  1. PATRICIA

    Bravo Olivier pour cette longue explication de texte. Juste, mais je pense que tu le sais , on viens d’apprendre que Facebook n’entrera pas en bourse cette année ! ce qui n’empêche pas son évolution… mais l’hegémonie de ces plateformes communautaires va je l’espère se ralentir car un modèle économique uniquement fondé sur quelques acteurs n’est pas fiable à long terme ni bon pour l’économie numerique.
    Derrière tout cela se cache aussi la montée en parrallèle des blogs….A quand leur financement ?

  2. Bertrand

    Super article Olivier,
    J’aime tout particulièrement ton graphique en rond. Quel effet !
    Sinon en complèment, un lien vers les levées de fonds 2009 de sociétés françaises:
    http://www.journaldunet.com/ebusine