Interview d’Edouard Bourbon, atome du web

A 28 ans, Edouard Bourbon est à la tête d’Athomédia, une agence de communication interactive spécialisée dans le marketing sur les réseaux sociaux. Né avec internet et passionné de cinéma, ce jeune entrepreneur au parcours atypique a déjà tout d’un incontournable du secteur. Il compte parmi ses clients quelques noms prestigieux qui souhaitent instaurer dans leurs stratégies marketing un véritable dialogue avec les espaces communautaires. Une révolution directement liée au Web 2.0. Rencontre.

Edoaurd Bourbon

MCI : Quels ont été vos premiers pas dans le web ?

Edouard Bourbon : Diplômé de l’EFAP en 2001 (Ecole Française des Attachés de presse, ndr), j’ai effectué mon stage de fin d’étude chez MEDIAMETRIE, dans le département étude cinéma. Je me suis occupé du développement d’études sur les cinémas test. Une bonne école qui m’a conduit à ma première activité à responsabilité, chez Le Film Français, où je suis resté 2 ans en temps que chef de publicité. Durant cette période, j’ai pu allier ma passion pour le cinéma et toucher à l’aspect commercial, et j’ai eu accès au marché international du film. Une belle opportunité de rencontrer de grands professionnels et d’être à la pointe de tous les nouveaux enjeux liés au secteur.

MCI : C’est à ce moment que vous avez décidé de vous lancer dans le web ?

EB : Tout à fait. Pour parfaire mes connaissances en production audiovisuelle, j’ai repris, après le Film Français, un 3ème cycle à la Sorbonne, en Master Marketing et Distribution en Audiovisuel Européen. Des cours de marketing TV, de cinéma et vidéo ainsi qu’une étude approfondie des étapes de production, du montage financier à la distribution, m’ont donné de nouvelles perspectives que je souhaitais appliquer dans le web. C’est à ce moment que j’ai intégré Allociné pour une aventure passionnante qui m’a amené à développer le ticketing, ainsi que production, le contenu et la vente d’espaces de leur magazine distribué en salle, tiré à 600 000 exemplaires. Des enjeux de taille qui m’ont énormément appris, où les projets pharaoniques type Star Wars 3 côtoyaient des sorties plus modestes. J’ai pu ainsi traiter avec de nombreux interlocuteurs aux budgets et aux demandes très diverses et développer ainsi de nouvelles stratégies de plus en plus personnalisées et créatives.


MCI : L’idée de monter votre propre structure vous effleurait elle à cette époque ?

EB : Effectivement, J’ai pensé à ce moment monter mon entreprise, mais une très belle opportunité s’est présentée en 2006. Myspace se développait depuis peu en France et cherchait une petite équipe marketing efficace pour développer leur offre. Grâce à un bon timing et à mon expérience, j’ai pu ainsi intégrer Myspace à 26 ans en tant que … responsable marketing ! Un sacré challenge, où je me suis vu confier les reines des partenariats cinéma et de la promotion média.

MCI : Avec l’énorme succès de la plate-forme aux Etats-Unis, ressentiez-vous une certaine euphorie pour son lancement français ?

EB : Oui et non. Les 6 premiers mois ont été exceptionnels car nous avions de bons budgets, de grandes ambitions, de belles idées et surtout une totale liberté de manœuvre. Nous avons mis en place des soirées « Me, Myspace & My band » et des « Myspace Secret Show » qui ont assis la réputation de Myspace dans la découverte de nouveaux talents et ont crée un buzz incontournable sur la marque. En parallèle, j’ai mis en place de nombreux partenariats, notamment pour les films Persepolis, Les Chansons d’amour et Control, qui ont connu d’excellents résultats en termes de visiteurs uniques. Nous faisions avec ces projets en développement un énorme travail d’accompagnement (sites officiels Myspace, animations réseaux, événements….) qui aboutissaient souvent à des résultats dignes de blockbusters. C’était une grande satisfaction pour nous, et c’est grâce à cela que Myspace s’est progressivement installé comme un incontournable dans les plans marketing de lancements de films.

MCI : D’où venait alors votre déception ?

EB : Dès que les Etats-Unis ont repris la main, nous avons vite déchanté. Organisation plus lourde, moins de liberté de mouvement, reporting étouffants : il était plus compliqué de faire passer nos idées pourtant en phase avec notre marché local. Les Etats-Unis souhaitaient à l’époque s’ouvrir très largement en réseau communautaire comme Facebook, alors que nous préconisions de conserver son ambition artistique liée aux nouveaux talents. Il nous paraissait indispensable de cultiver notre différence face à Facebook, dans la mesure où Myspace était un avant tout un media. Mais il n’etait pas toujours facile de se faire entendre, surtout quand des sites comme Deezer commençaient à émerger et à se positionner en concurrents directs de Myspace, dont la toute puissance n’avait jusqu’ici jamais été remise en cause. Ces quelques divergences sur la stratégie marketing et de développement du site m’ont définitivement poussé à créer ma structure, Athomedia, dont Myspace à d’ailleurs été l’un des premiers clients.

MCI : Quelle est la vocation d’Athomédia ?

logo_athomedia.bmpEB : J’ai créé Athomédia pour apporter une expertise dans le marketing sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une agence de communication interactive, qui s’inscrit dans une grande tendance actuelle : le développement d’une marque ou d’un produit auprès des espaces communautaires. Avec l’explosion du web 2.0 qui transforme le consommateur en consomacteur, les entreprises ont vite ressenties le besoin de passer du monologue (communication via les médias traditionnels) au dialogue direct avec ses consommateurs, via l’hyper-échange et l’hyper-interaction. Je crois pour ma part énormément à l’essor des réseaux sociaux de niche, ainsi qu’à l’UGC (User Generated Content, ndr) qui apportent une énorme valeur ajoutée au produit.

MCI : Paramount s’est adressé à vous pour le lancement de nombreux films…

Et ils ne sont pas les seuls ! Nous créons des passerelles entre les sites officiels des entreprises et les réseaux sociaux, sur lesquels nous pouvons aller du conseil stratégique, en passant par l’audit, ou la création des profils, leur référencement, animation, modération … Bien entendu, nous proposons également la veille sur les réseaux, blogs et forums afin de voir ce qui se dit sur la marque ou un produit, et transformer ces avis en recommandations marketing et communication pour les entreprises.

MCI : Quelle est pour vous la grande révolution qu’à apporté le Web 2.0 ?

EB : En plus de l’explosion des outils mis à la disposition de l’internaute comme les widgets, les tags, les flux RSS et la multiplication des réseaux sociaux, la véritable révolution tient dans l’effet de déportalisation : l’internaute recherche un contenu, il ne se soucie plus de savoir si celui si sera sur tel ou tel site Internet. Ce qu’il souhaite, c’est trouver ce qu’il cherche, quelque soit le site. C’est un changement radicale dans la consommation et donc dans la communication sur le web.

MCI : Merci de cet entretien, que peut-on vous souhaiter pour 2009 ?

EB : Apres une très belle première année pour Athomédia, j’espere que 2009 suivra la tendance. Disons du bonheur, du business…. Et 20% de mieux !

Propos recueillis pas Benoit Pons et Remy Algava – MBA MCI Full Time – Promotion 2009

1 Comment

  1. Beaux exemples de parcours et d’activité : la réelle conversation avec l’internaute, à travers les réseaux sociaux et les communautés virtuelles, est désormais essentielle pour une marque.
    Et il ne faut pas négliger la valeur du contenu recherché par l’internaute comme l’explique Edouard BOURBON. C’est grâce à un contenu divertissant et qualitatif que l’on crée et facilite la conversation avec l’internaute.

    C’est une nouvelle démonstration selon laquelle le e-marketing est au service de l’entertainment, et inversement !

    
    

    webentertainer.fr
    Le e-marketing au service de l’entertainment, et inversement !