L’Europe vs. Google : Qui sera le futur dépositaire numérique de la culture française ?

Décembre 2004 : Google annonce sa volonté de créer un service en ligne permettant d’accéder à des livres numérisés. Disposant de moyens financiers et techniques considérables, le géant américain de l’internet s’engage à prendre à sa charge la numérisation des œuvres libres en droits, les transmettre sous forme de fichiers numérisés à la bibliothèque qui peut ainsi les mettre en accès libre sur son site. En contre partie Google s’octroie une exclusivité commerciale d’une durée déterminée.

En novembre 2008 la bibliothèque virtuelle « Google Books » compte déjà plus de sept millions de livres. Le géant américain de l’internet qui a déjà signé des accords avec six bibliothèques européennes continue d’élargir son monopole. Après s’y être farouchement opposée, la Bibliothèque nationale de France annonce en aout 2008 qu’elle envisage de confier à Google une partie de la numérisation de ses ouvrages.  De son côté, la Bibliothèque de Lyon a déjà signé : d’ici 10 ans ce ne sont pas moins de 500 000 ouvrages publics qui seront scannés et transformés en fichiers par Google, consultables en accès libre depuis internet.

 

En France le débat est lancé : doit-on ou non, au nom de la promotion culturelle, s’inquiéter de la mise en place d’un monopole au profit de Google ?

Nombreux sont ceux qui voient, au travers de cette grande avancée technologique, la possibilité d’ouvrir la culture et de rendre accessible gratuitement au monde entier des ouvrages rares (Google a déjà numérisé les collections de 28 autres bibliothèques prestigieuses comme Harvard, Oxford, Münich, etc…). Mais nombreux également son ceux qui craignent de voire le patrimoine français phagocyté par le géant américain. Google pourrait se retrouver, en effet, en situation de monopole pour la diffusion, la mise en ligne, et l’exploitation économique des ressources culturelles françaises.

Afin de contrer l’avancée menaçante de Google, l’Europe lance en 2008 le projet Europeana. Bibliothèque numérique financée par la Commission européenne, Européana ne dispose pourtant pas de moyens suffisants pour procéder à la numérisation des ouvrages, laissée ainsi à la charge des Etats membres. Cette initiative ne fait donc pas le poids face au géant Google qui, de part ses moyens financiers considérables, son infrastructure technique impressionnante et sa rapidité d’exécution bénéficie d’une nette avance.

 

Conscients, une peu tardivement, de l’enjeu et de la nécessité d’adopter une politique commune, les ministres de la culture européennes se sont réunis la semaine dernière à Bruxelles afin d’aborder l’épineuse question de la numérisation des œuvres littéraires et la protection des droits d’auteurs. S’en est suivi la création d’un «un comité de sages » chargé selon Frédéric Mitterrand de  «développer une doctrine commune et lisible sur les conditions du partenariat public-privé ». Soucieux de renforcer l’action d’Europeana, M. Mitterand souhaite que l’institution puisse bénéficier de moyens permanents et d’une gouvernance structurée. Le financement suppose une réelle ambition nationale (chaque pays contributeurs doit aider à la numérisation nationale) et un élan européen. La numérisation du patrimoine est en effet un travail coûteux qui peut difficilement se faire sans la contribution d’acteurs privés. Alors qu’il a demandé 753 millions d’euros pour la numérisation en France dans le cadre du Grand Emprunt, Frédéric Mitterrand a toutefois indiqué qu’il fallait ” se garder de toute hostilité facile envers l’Amérique “ !

 

Le lancement (raté) le 20 novembre du portail d’Europeana (20 millions de “clics” par heure – le site Europeana n’a pas tenu le coup et ferme jusqu’à la mi-décembre) renforce la polémique : l’Europe parviendra-t-elle à maîtriser l’expansion Google Books ???

 

Sources : 

Télérama, ECO89, Numerama, La Tribune, AFP 

Géraldine SAUVÊTRE, MBA MCI Part time 2009-2010

1 Comment

  1. On se retrouve toujours devant le même dilemme : peut-on laisser les entreprises privées avoir le monopole de distribuer la culture ? D’un autre côté, les états n’en ont ni les moyens, ni la volonté suffisante pour être assez réactifs.