Le grand entretien RFID ! avec Rafi Haladjian


Rendez-vous avec un insatiable pionnier de la RFID, concepteur du premier lapin connecté à internet Nabaztag, puis du Mir:ror, premier  lecteur de puces RFID grand public. Après le rachat de Violet par Mindscape, Rafi continue d’explorer les nombreuses possibilités de cette technologie et nous donne un aperçu de ses projets en cours.


Bonjour Rafi, pouvez-vous nous présenter vos activités dans le domaine de la RFID ?

Mon activité dans la RFID a commencé chez Violet quant nous avons décidé de mettre de la RFID dans le lapin Nabaztag. Ensuite nous avons développé Mir:ror, le 1er lecteur RFID grand public. La dernière entreprise que j’ai créée s’appelle Sen.se.

Elle est  spécialisée dans le développement de capteurs et  tout moyen de lier des objets physiques à des réseaux.

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Je travaille sur des réseaux de capteurs dont le but est de rendre communicant l’ensemble de l’environnement physique qui nous entoure, de manière facile et intelligente. Pour l’instant il est encore trop tôt pour parler des usages que ces réseaux de capteurs peuvent générer et le projet ne sera pas finalisé avant la fin de l’année. Je ne peux donc pas vous en dire plus…

Pouvez-vous nous parler de vos derniers projets utilisant la RFID ?

Je vais vous parler du NabaztagNous voyions dans la technologie RFID un mode d’interaction extrêmement intuitif et facile, bien plus que les autres technologies sans fils.

L’idée était de mettre un lecteur de puce RFID derrière le nez d‘un lapin pour interagir avec lui en lui présentant des objets. Il suffit de présenter un objet au lapin pour que le processus d’interaction démarre. 

La première application était destinée aux enfants et son rôle consistait à lire leurs livres. Lorsqu’un enfant mettait un livre devant le lapin, il le lisait à haute voix. Pendant la lecture, l’enfant pouvait d’un côté regarder les images et, de l’autre, accéder à un contenu personnalisé, interactif et multimédia.

Le procédé ne tuait pas le livre. Cela ne les dématérialise pas, contrairement aux livres numériques que nous trouvons aujourd’hui sur Internet.

Ensuite, dans le cadre du projet Mir:ror, nous avons développé la RFID grand public avec une approche «  do it yourself ». On fournissait à l’utilisateur des puces RFID vierges et il décidait lui-même des actions, des applications et des contenus qu’il voulait attacher à ses objets.

Par exemple : l’envoi d’une alerte ou d’un message : La puce RFID collée au porte clé d’un enfant peut envoyer un email à ses parents lorsqu’il rentre à la maison…

Quel est le principal frein au développement de la technologie RFID ?

Aujourd’hui, c’est le coût des lecteurs. On peut coller les puces RFID sur n’importe quel objet mais tout le monde ne peut pas avoir un lecteur RFID qui coûte cher…

Donc, soit l’industriel fournit des lecteurs des puces RFID à tous ses clients ce qui coute très cher, soit  un opérateur ou un fabricant d’appareils intègre la puce RFID à l’intérieur de l’appareil.  

Je pense que tous les constructeurs ont intérêt à intégrer une application RFID dans leurs produits afin d’établir une nouvelle sorte de relation avec sa clientèle. Ça leur permettrait de garder un lien avec le consommateur, de pouvoir suivre sa consommation, de lui proposer des produits additionnels, de le fidéliser.

Pensez-vous que l’usage de la technologie RFID va se démocratiser auprès des particuliers ?

La technologie RFID fera parti de notre quotidien à partir du moment où chaque particulier aura un lecteur des puces RFID. Tant que les particuliers n’auront pas de lecteur, la RFID ne se démocratisera pas auprès du grand public… J’en suis certain.

Nous avons mené des discussions avec plusieurs acteurs de la vie économique, les banques, les industriels, les SSII, les représentant de la grande distribution, les pouvoirs publics, les opérateurs téléphoniques, les FAI et je vous assure qu’ils sont tous intéressés par la RFID. Mais nous n’arrivons toujours pas à résoudre la question des lecteurs RFID. Qui sera capable d’installer des millions de lecteurs chez les utilisateurs ?

 Est-ce qu’il y a  des initiatives aujourd’hui pour fournir les lecteurs aux particuliers ?

En tenant compte du taux de pénétration des téléphones portable en France, je pense que ce sont les fabricants de téléphones qui doivent prendre l’initiative d’intégrer un lecteur des puces RFID à l’intérieur de leurs appareils.

De plus, les utilisateurs gardent leur téléphone portable sur eux toute la journée ce qui leur permettrait d’avoir à leur disposition un lecteur des puces RFID en permanence. Mais pour de multiples raisons, cette initiative tarde à venir.

La rumeur voudrait que la prochaine version de l’iPhone, qui sort en été 2010, intègre un lecteur des puces RFID.  Si cela se confirmait, je pense que ce serait le véritable départ de la RFID grand public

Quel est, selon vous, le frein au développement des lecteurs ?

Si les constructeurs n’intègrent toujours pas un lecteur RFID  c’est parce qu’ils ne voient pas comment ils pourront gagner de l’argent avec. Si aujourd’hui on intègre le lecteur RFID les prix des téléphones vont forcement augmenter. Les subventions des opérateurs devront également augmenter pour que le prix final reste attractif pour le consommateur…

Mais pour compenser la hausse des subventions, les opérateurs chercheront à récupérer leurs marges en augmentant par exemple, les prix des forfaits. Et c’est le consommateur final qui va en souffrir, surtout en période de crise que nous traversons.

La seule façon de débloquer cette situation est de passer par l’iPhone parce que toute l’innovation qui va dans l’iPhone n’est pas discutée par les opérateurs. Ils ne peuvent pas se permettre de ne pas commercialiser le dernier modèle de l’iPhone compte tenu de son succès commercial et des bénéfices qu’il génère. 

Est-ce que la technologie de RFID a généré de nouveaux business models ?

Aujourd’hui, on reste toujours dans le business model connu, celui de l’achat des objets physiques. L’intérêt de la RFID est qu’elle est attachée à des produits physiques que les gens achètent tous les jours, tandis qu’ils sont plus réticents envers des produits numériques.  

Si le business model reste le même, je pense qu’il faut inventer de nouveaux objets qui auront une puce RFID.

Prenons l’exemple de l’industrie de la musique. Nous savons que la musique est presque entièrement dématérialisée. Aujourd’hui cela ne sert plus à rien d’essayer de vendre les disques.

Essayons plutôt de vendre de nouveaux objets dotés de puces RFID ayant un rapport avec la musique…Par exemple on pourrait produire des figurines avec de la RFID. Chaque fois que le consommateur passe son lecteur des puces RFID, la figurine déclenche le téléchargement d’une chanson ou redirige le consommateur vers un site internet présentant le chanteur.

Quels sont, selon vous, les inconvénients techniques de la RFID ?

Il faut savoir qu’aujourd’hui il n’y a plus beaucoup d’inconvénients techniques. Je dirais que le seul vrai problème lié au RFID c’est son manque d’ « expression ».

C’est-à-dire  qu’actuellement,  lorsque vous avez un objet avec une puce RFID et que vous le montrez à un lecteur, cela déclenche chaque fois la même action et  vous ne pouvez pas modifier facilement  l’action que la puce RFID va faire une fois sur l’autre..

Par exemple : vous avez programmé votre porte clés pour qu’il allume la lumière et déclenche la radio en le montrant au lecteur quand vous rentrez chez vous…  Si, un jour , vous ne voulez plus que votre porte clé déclenche la radio mais allume seulement la lumière,  vous ne pourrez pas reprogrammer la commande de la puce RFID.

Aujourd’hui chez Sen.se, nous travaillons sur des moyens de rendre la puce RFID plus « subtile ».

Dans le monde industriel, les choses s’inscrivent dans des process et doivent être rigoureusement identiques une fois sur l’autre… Dans la vie de tous les jours, c’est très différent. C’est pourquoi il faut trouver avec la RFID des moyens d’exprimer ou déclencher les choses de façon variée et surprenante, pour qu’elle s’adapte à l’utilisateur.

Certains consommateurs pensent que les puces RFID  sont très intrusives. Comment leur donner confiance ?

 Dans le cadre de notre projet Mir:ror et de manière générale chez Violet, nous avons proposé au consommateur de voir ce que contenait la puce RFID, ce que la puce était censée faire, quelles informations y étaient contenues... Il suffit de donner au consommateur des outils qui lui permettent de choisir et distinguer ce qu’il veut communiquer et ce qu’il veut utiliser uniquement pour son propre usage.

Les puces RFID peuvent-elles être détournées par les hackers ?

Aujourd’hui, on ne peut pas mettre une protection sur la puce RFID. Mais de toute façon, la seule chose qu’elle émet, c’est son numéro d’identité.

Par exemple si vous passez une carte de transports londoniens sur un lecteur, vous obtiendrez le numéro de série de la carte mais vous ne pourrez pas connaître l’identité du propriétaire de la carte si vous n’avez pas accès à la base de données des transports londoniens…

Comment voyez-vous l’avenir de cette technologie et de l’internet des objets en général?

Aujourd’hui, il existe un grand nombre de technologies sans fil qui permettent de se connecter à des réseaux. La plupart de ces technologies sont peu chères et les industriels, dont le but est de fabriquer des produits innovants vont forcement les intégrer.

Les technologies sans fil constituent  une innovation et créent un besoin. C’est la raison pour laquelle je pense que la RFID et Internet des objets ont de beaux jours devant eux.

Chez Sen.se, travaillez-vous avec d’autres technologies de contact sans fil ?

Nous ne sommes pas attachés uniquement à la RFID. Chez Sen.se, toutes les technologies de contact sans fil qui permettent d’attacher un objet physique au monde numérique nous intéressent…

Aujourd’hui, vous pouvez le  faire soit avec une caméra parce qu’elle sait reconnaitre la forme des objets, soit parce qu’un objet bouge, soit parce qu’il est présent dans une pièce, soit parce qu’il est montré à un lecteur des puces qui le reconnait.

Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à continuer d’innover ?

Faire des choses que personnes n’a fait avant. Je ne fais pratiquement que cela. L’idée de connecter n’importe quoi au réseau, de trouver  à la fois les business modèles, les technologies, les applications et faire que cela devienne vraiment grand public… Ce sont les choses les plus intéressantes.

Réfléchissez-vous à des applications dans le domaine de la réalité augmenté ?

Pour être honnête, je n’aime pas tellement la réalité augmentée parce que je trouve qu’on triche… On prend la réalité, on la rend virtuelle. Ce que je voudrais, c’est ne plus avoir d’écrans entre la réalité et moi.

La réalité augmentée est une technique drôle mais ne résout pas le vrai problème. Le vrai problème est  qu’il n’y ait plus d’écran ! Qu’il n’y ait plus rien et que ce soit nous  qui soyons assis au milieu d’un monde intelligent.

Qu’il n’y ait pas des écrans à travers lesquels on vit au milieu de choses virtuelles. Ce qui m’intéresse ce sont les atomes, pas les bits.

S’il fallait convaincre de la RFID en une seule phrase…

Donner une âme aux objets.

 

Angéline Deflandre, avec la participation d’Alexandre Penyauski – MCI full time 2010

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