Louvre Et Numérique : Les Recettes D’un Succès

Agnès ALFANDARI

 

Rencontre avec Agnès ALFANDARI, promue récemment  Directrice adjointe de la production du Musée du Louvre. Elle pilote depuis cinq ans la stratégie numérique du même musée.

Cet entretien est l’occasion de revenir sur les enjeux de la profonde mutation  technologique que vit le plus grand Musée du monde. Sa mission : mettre les nouvelles technologies au service des missions du Louvre.

« Le Louvre n’a pas adopté une posture d’innovation à tout prix, nous agissons là où le multimédia peut-être pertinent. »

Comment s’organise l’équipe multimédia et comment s’articule votre mission au sein du Musée du Louvre ?

 

Agnès Alfandari : L’équipe se compose d’un effectif permanent de dix personnes.Son périmètre concerne le site internet (louvre.fr), les dispositifs de médiations in situ et tout ce qui relève de la mobilité, qu’il s’agisse des audioguides, des applications mobiles et des éditions numériques.Cette équipe est amenée à s’étoffer notamment de responsables de projets pour des missions précises et limitées dans la durée.

Nous travaillons en étroite collaboration avec la DSI qui outre la maintenance des réseaux et des systèmes a pour mission de gérer la base de données des collections intranet et internet.

Nous entretenons des liens permanents avec le service promotion dont le rôle est notamment d’animer nos différentes communautés sur les réseaux sociaux.

 

Le louvre.fr a entièrement fait peau neuve, pouvez-nous en dire davantage sur l’audience du site aujourd’hui ?

 

A.A. : Je parle sous réserve car nous venons de changer nos outils de mesure d’audience. Le louvre.fr se décline en quatre langues, les informations pratiques sont disponibles en 12 autres langues. Les pages les plus consultées sont sans aucun doute celles qui sont dédiées aux œuvres et aux collections. En deuxième position arrivent les pages concernant les informations pratiques. On peut tirer plusieurs enseignements des ces  résultats. 70% des visiteurs du louvre.fr sont originaires de France et ont déjà visité le musée. Pour un bon nombre ils sont même des visiteurs réguliers. Du côté visiteurs étrangers, c’est la locale anglaise qui connaît le plus de succès.  Le louvre.fr a une caractéristique très singulière si l’on veut comparer le site à d’autres institutions muséales. Les sections relatives aux œuvres et collections légitiment le site internet de notre institution comme un véritable centre de ressources.

Autre enseignement, si 70% des visiteurs du louvre.fr proviennent de France, il en est tout autre pour le profil des visiteurs du musée lui même. Là, la courbe s’inverse puisque les visiteurs du musée sont composés à 70% de touristes étrangers.

 Nous soignons notre stratégie de référencement. Nous voulons faire du louvre.fr un véritable outil de préparation de visite pour les touristes étrangers. Nous envisageons de mener des campagnes SEM pour certaines locales comme l’anglaise par exemple. Le Louvre et ses mots clés associés arrivent en tête des résultats sur les moteurs de recherche. En revanche si l’internaute effectue des recherches par centre d’intérêt en tapant par exemple des mots clés faisant référence à un thème ou une époque (Léonard de Vinci, renaissance etc…) nous n’apparaissons pas dans certains cas en tête des résultats.

 

Vous n’avez pas aujourd’hui de billetterie en ligne sur votre site, cela fait-il partie de vos axes de développements ?

 

A.A. : Nous reconnaissons que c’est un manque et nous y travaillons en étroite collaboration avec la DSI. La refonte du site tient compte de cette volonté. Pour l’heure, nous orientons nos visiteurs virtuels vers des délégataires comme Fnac.com, Ticketnet ou ticketweb. La vente de billets en ligne pour la visite de nos expositions et nos collections permanentes se porte très bien  selon les retours de nos délégataires. C’est un signe très encourageant pour l’intégration de ce service que nous proposerons prochainement sur louvre.fr.

 

Qu’en est-il de votre stratégie sur les réseaux sociaux ?

 

A.A. : Nous sommes présents aujourd’hui sur deux familles de réseaux sociaux.

La première inclue Facebook et Twitter. Ces derniers nous servent à relayer des informations auprès de nos publics avec un ton moins institutionnel et un rythme différent. Beaucoup de Fans ou de followers connaissent le Louvre et ils souhaitent s’informer. La deuxième famille englobe les plates-formes YouTube et Dailymotion. Nous y mettons bien évidemment des informations visuelles et dynamiques ainsi que des ressources provenant de notre fond de catalogue. Cette deuxième famille de réseaux sociaux est tout aussi intéressante dans le cadre de la conquête de primo-visiteurs car elle permet à des publics qui ne connaissent pas le Louvre de pénétrer dans l’univers du musée avec des codes et des clés d’entrée différentes.

On peut également laisser des commentaires sur le louvre.fr, nous constatons d’ailleurs que nous n’avons pas à faire aux mêmes publics présents sur les réseaux sociaux.

Nos activités sur les réseaux sociaux sont  des outils complémentaires. Ils participent à la conquête et à la fidélisation de nos publics.  Nous suivons avec attention l’émergence des nouveaux réseaux sociaux, des nouveaux usages mais on ne peut se disperser. D’autres institutions tel que le Centre Georges Pompidou sont plus en pointe sur ce sujet.

Nous n’avons pour l’heure qu’un seul Community Manager pour le Musée du Louvre et il nous apparaît difficile de faire davantage compte tenu de nos ressources.

 

Audioguide du Louvre Nintendo 3DS

 

Vous venez de lancer en avril dernier le tout nouvel audioguide du musée avec le déploiement progressif d’un parc de 5000 consoles Nintendo3DS. Quels sont les premiers résultats et comment a été accueillie cette initiative en interne ?

 

A.A. : Il est encore trop tôt pour en tirer des bilans puisque nous avons lancé le nouvel audioguide le 12 avril. Ce que l’on peut dire, c’est que le taux de prise de ce nouveau dispositif était déjà supérieur de 23% à celui du mois d’avril 2011. Le taux de prise a été de + 53% en mai 2012 et les résultats sont plus qu’encourageants. Le public est donc sensible à ce qui peut améliorer son expérience de visite.

L’arrivé de cet audio-guide nouvelle génération a permis au Musée du Louvre de jouir d’une couverture média très importante. Autre point positif, des médias qui n’étaient pas habitués à couvrir les informations du Louvre se sont mis à relayer cette initiative. Grâce à cela, nous avons pu toucher une population de « geeks » que nous n’aurions pas intéressée naturellement.

 En interne, les mentalités évoluent, les conservateurs à travers les départements scientifiques reconnaissent ces outils comme incontournables. Ils sont favorables à ces nouvelles formes de médiations in situ.

Leur collaboration et leur implication sont capitales car ils produisent, contribuent et valident tous les contenus qui sont intégrés dans l’ensemble de nos dispositifs de médiation. Ils ont même participé à l’enregistrement des audio-guides en prêtant leur propre voix.

Ne sont-ils pas les premiers médiateurs du musée ?

Le Musée du Louvre défriche, teste de nouvelles technologies afin de développer de nouveaux dispositifs de médiation in situ. A travers le projet Museumlab, ce ne sont pas moins d’une centaine de dispositifs qui ont été créés. Le nouveau département consacré aux Arts de l’Islam qui ouvre en septembre intègrera pas moins d’une trentaine de dispositifs de médiation d’un nouveau genre !

Nous disposons aujourd’hui d’une expertise reconnue qui s’inscrit aussi dans notre tradition, puisque le Louvre a toujours été une institution qui a su préserver les savoirs faire à la façon d’un conservatoire des métiers.

 

Globalement, quel est l’apport des activités numériques pour Le Louvre ?

 

A.A. : Le multimédia représente une partie infime du budget du Louvre que l’on peut évaluer à 1% ou 2% de ce dernier. Ce montant est dérisoire si on le compare au budget qui est consacré à la surveillance, le nettoyage ou même l’éclairage du musée.

Il est difficile d’évaluer les retombées directes de notre activité. En revanche, nous sommes convaincus que le multimédia contribue au rayonnement de l’institution. De façon très concrète, nous connaissons de jolis succès avec le téléchargement de nos applications. L’application Ipad du Louvre a été téléchargée plus de 15 000 fois. A titre de  comparaison l’application pour l’exposition consacrée à Monet n’a été téléchargée que 4 000 à 5 000 fois depuis septembre 2010. L’activité multimédia est aussi un vrai levier pour nos activités de mécénat. Internet nous permet de mieux communiquer sur nos actions s’avère être un outil efficace pour recueillir les dons en ligne.  Le Louvre a pu lever 500 000 euros (soit la moitié du montant) via la rubrique dons du louvre.fr  pour l’acquisition du tableau « Les Trois grâces » de Lucas CRANACH.

Les initiatives novatrices dans le domaine du multimédia sont attrayantes et valorisantes  pour d’éventuels partenaires. C’est grâce au soutien de Nintendo que nous avons pu proposer notre nouvelle génération d’audioguide par exemple.

 

Avez-vous des références internationales comparables d’institutions muséales en terme de stratégie numérique ?

 

A.A. : Oui.

Pour le site internet je citerai la Tate Gallery 

Pour les dispositifs de médiation in-situ, le Metropolitan Museum 

Pour les réseaux sociaux, le Brooklyn MuseumCette liste est loin d’être exhaustive.

 

Propos recueillis par Fabien FOURNILLON (@FFournillon)

Etude e-transformation des Musées

Pour aller plus loin :

A découvrir mon précédent article sur les dispositifs de médiation en place dans les musées : Musées numériques et visiteurs 2.0 

Interview de Agnès ALFANDARI “La vigie du Louvre“ 

 

 

 

 

 

 

 

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