Musées 2.0 : état des avancées et perspectives d’avenir

Chose promise, chose due. Voici une synthèse de la journée du CLIC France, assises annuelles du numérique et des nouvelles technologies dans les musées (qui m’avait fait raté la journée de cours du 29 janvier  dernier). Désolée pour le temps d’attente et bonne lecture !

Aujourd’hui presque tous les musées ont une interface internet propre. 44% des musées proposent une visite en ligne. 16 musées en France ont une application Iphone (cela représente la moitié des applications de musées dans le monde). 6% des visiteurs de musées utilisent leur téléphone mobile comme audioguide, 77% sont prêts à le faire et 45% à payer pour cela (étude Audiovisit 2009, effectuée sur 530 visiteurs de musées parisiens).

Le web et les NTIC interviennent à de nombreux niveaux dans la révolution culturelle actuelle. Les lieux et les œuvres sont revisités ou reconstitués par la 3D, les parcours de visite de visite se composent au gré du bluetooth et de la réalité augmentée. Ces innovations technologiques mènent à une redéfinition des compétences des musées et monuments et à un réel bouleversement des relations avec leurs publics.

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I.  Les innovations technologiques au service des musées…

De la 3 D en ligne…

  • La numérisation des objets permet un travail plus facile des chercheurs et archéologues. Le web leur permet de mettre leurs découvertes en commun (Nubes, plate forme de mise en commun des ressources documentaires et représentations numériques à l’échelle mondiale).
  • Les innovations technologiques sont au service d’une découverte renouvelée des sites culturels. Les visiteurs bénéficient ainsi des innovations technologiques : le programme de numérisation des collections mené avant l’ouverture du musée du Quai Branly, a permis à ses équipes de mettre en ligne des collections 3D. Dassault Systèmes, spécialiste mondial de la conception 3D a conçu des modèles spécifiquement adapté aux site patrimoniaux. Grâce à l’outil Virtools, Dassault systèmes a pu restituer le Château de Versailles tel qu’il existe aujourd’hui et proposer aux internautes une visite en 3D en ligne.
  • Plus qu’une visite interactive d’un monument existant, la 3D permet la reconstitution d’un patrimoine disparu. Grâce aux outils Catia, Simulia et Delmia, Dassault a permis à l’architecte Jean-Pierre Houdin de reconstituer la construction de la pyramide de Kheops. Le résultat a, notamment, été transmis au grand public à la Géode

…à la réalité augmentée in situ

Les nouvelles technologies s’adaptent aujourd’hui au parcours de visite.

  • Les tables tactiles permettent une visite plus interactive, collaborative entre les différents publics et une possibilité des visiteurs d’adapter le contenu de visite à leurs attentes (Quai Branly, Parc Eana, futur musée des Confluences)
  • Grâce au Bluetooth, des lieux comme le Palais de Tokyo, la Cité Internationale de l’Immigration ou encore la Biennale de Lyon ont mis en place des systèmes novateurs d’audioguide qui permet aux visiteurs d’être géolocalisés et d’obtenir des informations liées à leur situation dans le parcours de visite.
  • Grâce la 3D en temps réel et réalité augmentée, des sites culturels font maintenant découvrir à leurs visiteurs un contenu reconstitué, non visible à l’œil nu. Ex : Le Centre des Monuments Nationaux a mis en place à l’Abbaye de Cluny un dispositif in situ (via des écrans portatifs) permettant de découvrir les bâtiments disparus du grand site religieux 
  • S’affranchissant de l’écran comme filtre de découverte, la réalité augmentée projetée sur l’univers culturel lui-même fait également son apparition. Christian Jacquemin de LIMSI-CNRS décrit une expérience de spatialisation du son à l’Eglise Sainte Elisabeth (Paris)  . Plus intéressant encore, ce projet de réalité augmentée mobile testée lors du Festival Futur en Seine (2009) où une péniche avec un matériel embarqué projette des images sur le paysage, le modifie, le déforme, le rend ludique

II. … les mènent à redéfinir leurs relations, les relations avec leurs publics voire à se redéfinir eux-mêmes

De la conservation à la conversation…

  • Tout comme les archéologues, les professionnels des musées marchent désormais vers une mutualisation des données et des collections. Le portail des musées de Haute Normandie en est un bon exemple. Loin de profiter seulement aux professionnels, cette mutualisation permet aux visiteurs un point de vue plus global sur les œuvres en les affranchissant des frontières entre institutions. Les musées anglosaxons l’ont compris : Art Babble est, par exemple, un site Internet rassemblant les ressources vidéos de 20 musées américains, de la NY Library et de producteurs de contenus culturels.
  • Désireux d’avoir une présence sur le web, de nombreux musées créent aujourd’hui des communautés virtuelles de fidèles ou de passionnés. Les profils Facebook et Twitter, les espaces Delicious ou Netvibes se développent. Certains musées vont plus loin en structurant leurs communautés via un site web communautaire. Le Museum de Toulouse affiche une présence active sur les réseaux sociaux, fait vivre son interface Netvibes et a créé un site web très 2.0 permettant de connaître le musée, d’y préparer sa visite mais aussi de s’informer grâce à des contenus réservés au web et d’échanger (blog, et bientôt forum et wiki).
  • Le dialogue avec le public et son implication dans la vie du musée deviennent  incontournables. Les concours de photos via Flick’r se multiplient (Exposition Versailles photographié – Conception d’une affiche d’exposition laissée au public à la Tate). Les échanges entre le musée et ses visiteurs sont facilités par toutes les fonctionnalités du web 2.0. Liverpool a mis en place un programme nommé « Ask the curator » où conservateurs et commissaires d’exposition parlent de leur travail, des collections et répondent aux questions des internautes. Le Brooklyn museum, à la pointe des problématiques de réseaux sociaux, a notamment créé un livre d’or online et donne la possibilité de dialoguer, via Twitter avec artistes et représentants du musée.

… à la mutation du musée en un nouveau média

  • Le musée, pour animer ses nouvelles communautés, devient producteur de contenus : La Fondation Cartier, en partenariat avec Dailymotion, produit des vidéos en interne. La Tate de Londres a fondé un département Tate média, en charge de produire des contenus, audiovisuels, vidéo, pédagogique, artistiques.

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L’innovation technologique permet de nouvelles découvertes archéologiques et une diffusion via des nouveaux canaux aux publics. Un cercle vertueux de l’innovation s’installe au profit des musées.

Pour que ce cercle soit totalement vertueux et bénéficie au public du musée 2.0, plusieurs grands défis s’impose à lui

  • Le problème du display de l’information en fonction des devices. Une adaptation de la technologie aux équipements détenus par les visiteurs déterminera sa réelle utilisation et sa diffusion (la meilleure solution aujourd’hui restant le prêt par le musée de l’équipement lui-même, un manque de flexibilité affleure).
  • La question de la production de nouveaux contenus adaptés. Le but final de la visite interactive est bien l’acquisition de nouvelles connaissances (qui diffèrent des connaissances acquises dans le musée, lui apportent une valeur ajoutée). Le musée doit donc être apte à produire des contenus de qualité, mis à jour et adaptés. Le web 2.0 lui impose l’acquisition de nouvelles compétences et la décision d’y consacrer beaucoup de temps humain.

Amélie de Ronseray – Promo 2009-2010 MCI Part Time

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