Musées numériques et visiteur 2.0

La bataille du Centre PompidouLa deuxième édition de la Social Media Week Paris a été l’occasion d’aborder les grandes tendances de ” l’empowerment ” à travers les réseaux sociaux. Plus inattendu, le 15 février, le Petit Palais accueillait une conférence « Musée et numérique, le visiteur 2.0 ».

C’est dire si les mots et expressions utilisés pour illustrer cette thématique, ont été pesés savamment par les organisateurs.

On ne parlait pas de visiteurs mais bien du visiteur au singulier. Le musée se doit d’évoluer et d’épouser les nouveaux usages du numérique afin de ne pas apparaître uniquement comme une simple galerie d’objets. A travers cette réflexion, c’est le rôle du musée en tant que nouvel espace de socialisation qui est posé.

Générer l’engagement des visiteurs via les réseaux sociaux.

Si la majorité des institutions culturelles comme les  musées ont leur propre site internet ou pour les plus modestes sont rattachés au site internet de leur ville, certains d’entre eux ont déjà intégré le « community management » et le rapport aux réseaux sociaux, souligne Gonzague Gautier, webmaster et community manager du Centre Pompidou

L’enjeu est désormais d’intégrer le 2.0. Attention toute fois à « ne pas foncer tête baissée ».Il faut se demander ce qu’est le 2.0 et ne pas partir sur des non dits. Selon lui, « il est important de définir le 2.0 non pas d’une façon figée mais de manière très dynamique ». Au delà de la volonté affichée de se renouveler,  les musées doivent intégrer les nouvelles pratiques du public en particulier le « Solomo ». Le public consomme les produits culturels différemment, il est en demande et est devenu exigent.

Cet engagement auprès du public doit aussi savoir surprendre et être innovant.

« Il faut penser le numérique comme un tout et ne pas séparer le design d’expérience du modèle économique », poursuit Gonzague Gautier.

Le visiteur virtuel ne remplace pas le visiteur physique, le numérique doit être perçu comme  un vecteur d’entrées et un outil qui va enrichir l’expérience du visiteur (design d’expérience).  Dans tous les cas, le contenu qui viendra enrichir l’expérience du visiteur physique doit être différent de celui du visiteur virtuel.

Quant à la place des réseaux sociaux ? C’est la responsabilité de l’institution de se trouver là où les gens sont déjà.  Ce sont les musées qui vont vers eux en imposant un univers culturel là où ils ne s’y attendent pas.

A l’occasion de la Nuit des Musées, le Centre Pompidou a misé sur la « gamification » avec « La bataille du Centre Pompidou ». L’objectif était d’utiliser certaines fonctionnalités de Tweeter come une manette pour en faire un jeu inspiré du jeu « Space Invader »« Dans ce jeu, le centre Pompidou apparaissait à l’écran sous forme de blocs qui étaient détruits par des envahisseurs. Chaque bloc détruit laissait apparaître une image d’une des œuvres du centre. Les joueurs devaient détruire les ennemis en leur tirant dessus ou bien retrouver le nom des œuvres afin de reconstruire le centre. »

 

Véritable jeu collaboratif, le réseau social Tweeter a créé une interaction entre les visiteurs physiques eux mêmes et ceux qui n’y étaient pas. Cette nouvelle expérience aura permis de collecter des informations pour enrichir le profil des visiteurs du Centre Pompidou. L’interaction via les comptes Tweeter s’est avérée être aussi un très bon levier pour attirer de nouveaux visiteurs.

L’usage des réseaux sociaux par les musées s’accompagne de bonnes pratiques.

Omer Pesquer, consultant internet indépendant dans le secteur culturel, a souligné l’intérêt de l’usage de réseaux sociaux comme Tweeter. A cet égard, l’expérience du « live tweet »  est une pratique intéressante pour les musées. L’utilisation de curateurs comme « Storify » permet de scénariser du contenu. Grâce à ce dernier on peut réunir différentes sources provenant du web comme les vidéos, les tweets, les commentaires Facebook, les illustrations, les photos etc. …

Ce type d’opération est d’autant plus réussi qu’il faut le faire avec un nombre important de visiteurs en mesure de Tweeter. C’est l’expérience des visiteurs et l’interaction avec l’extérieur qui permettra d’en faire venir de nouveaux.

Les musées doivent adopter de bonnes pratiques en indiquant clairement leur écosystème numérique au visiteur. Spécifier au visiteur que le musée est sur  Facebook ou Tweeter est une bonne attitude mais insuffisante si l’on veut inciter davantage à l’engagement. On doit clairement expliquer qu’il peut utiliser son appareil photo, l’usage des « hashtags » de l’exposition et les « creative commons ». Bien souvent, cette information passe par des modes de communication plus traditionnels », relève-t-il.

La notion d’écoute permettra d’avoir un visiteur reconnaissant et en clin à la conversation.

L’expérience du livre d’or 2.0.

L’évolution des pratiques sur les réseaux sociaux et les démarches innovantes des musées ont dépoussiéré l’image du livre d’or.  Autre expert autour de la table, Sébastien Magro revient sur quelques expériences innovantes en matière de livre d’or 2.0.

Aujourd’hui, le livre d’or est devenu interactif. En s’emparant des réseaux sociaux, il incite le visiteur à partager son expérience, commenter et donner son opinion. A la différence du papier, certaines institutions n’hésitent plus à créer une chaîne You Tube pour des expositions. C’est le cas du musée de Brooklyn  qui a mis à disposition des visiteurs des caméras pour qu’ils fassent part de leurs commentaires sur l’exposition « Black List Project ». Chaque commentaire a été diffusé sur la chaîne YouTube de l’exposition.

Privilégier l’approche personnelle avec le visiteur.

Le Musée des Arts et Métiers par la voix de son chef de projet Web et Multimedia Coline Aunis prône une approche originale de la collection grâce au jeu. Deux jeux de « serious games » ubiquitaires ont été produits (les Secrets du Musée sur le jeu des 7 familles et l’Université Paris Nuit sur la chasse au trésor).  L’objectif annoncé est d’avoir une approche centrée visiteur plus active et personnelle avec le musée.

D’autres projets sont à venir et Coline Aunis réfléchit même à équiper le musée de systèmes de réalité augmentée.

Tester, innover et tester encore, voilà une méthode qui permet de transformer les musées en véritables terrains d’expérimentation.

Pour aller plus loin : 

Club Culture & Innovation France

Dossier spécial musées numériques Culture Mobile

Fabien FOURNILLON

@FFournillon

2 Comments

  1. Stéphanie Fernier

    Mettre le visiteur au coeur du sujet en lui offrant un contenu adapté ! Merciii !
    J’aurais rêvé de vivre ca en tant que gamine, plutôt que m’ennuyer devant une peinture qui ne me parle pas ! Bon je vais m’offrir une seconde jeunesse, je fonce à Beaubourg
    !

  2. Fabien Fournillon

    Merci Stéphanie,
    C’est vrai, tu as raison. Ces initiatives vont de toutes les façons se développer pour attirer de nouveaux publics. En attendant, tu peux avoir recours à des Applications disponibles sur ton smartphone préféré. Je pense à Blinkster en particulier. Blinkster te permet de reconnaître des éléments en les prenant en photo et d’obtenir des informations complémentaires. Les sites couverts par Binkster évoluent, tu peux donc consulter leur site.