Premières assises européennes de l’innovation à Paris – Les obstacles au financement des entreprises innovantes vus par Stéphane Boujnah, Managing Director Deutsche Bank

L’effort collectif de financement des Jeunes Entreprises Innovantes (JEI) est phénoménal : fonds propres garantis par OSEO, FCPI, Crédit Impôt Recherche (CIR), stock options, BSPCE… sans compter l’effort de formation de l’état dans le système universitaire et de grandes écoles. Alors comment se fait-il que nos “bonsaïs” ne deviennent pas des “séquoïas” ?

Deux éléments structurels pour les JEI qui ne sont pas neufs : – la difficulté d’accéder aux marchés boursiers – la difficulté à pénétrer le marché américain

S’y ajoutent aujourd’hui deux phénomènes conjoncturels qui vont néanmoins perdurer 2 ou 3 ans : – la raréfaction du crédit, dû à un coût de refinancement des banques durablement élevé et à une approche conservatiste du risque (c’est un banquier qui le dit !) – la récession macro-économique : la Deutsche Bank estime la croissance mondiale à +0,5% en 2008, -2% en 2009 et +1% en 2010. C’est la première fois depuis 1945 que 3 années de suite, la croissance sera inférieure à 1%. Ce qui fait de cette crise, une crise d’une amplitude considérable et sans précédent.

Alors quel impact pour les start up ? En théorie peu, car elles sont peu consommatrices de crédit et que le cycle de l’innovation est décorrélé de la consommation des ménages.

En réalité, cela dépend du cycle de vie de l’entreprise innovante : – en amont, dans la phase de financement de la recherche : elle risque de souffrir de la pression budgétaire de l’état, comme des entreprises privées, tentées d’arbitrer les dépenses de R&D en faveur d’autres postes ayant un impact immédiat sur l’emploi. – en phase de “early stage” : il y a un risque fort de défaillance des investisseurs institutionnels en capital investissement (LPs) qui vont constater une NAV (Net Asset Value) négative en 2008. – en phase de développement, c’est-à-dire quand l’entreprise est en situation de vendre, elle risque de subir la réduction de la demande des clients et de la baisse de l’investissement des entreprises. – en phase de sortie, elle doit faire face à un marché sans dette, récessif, “fermé”. Il faut savoir qu’il n’y a plus de IPO (Initial Public Offering) depuis 3 mois. En 2008, ce marché représentait 93 Milliards d’euros ; il n’en représentera que 21 en 2008. Le risque est réel de voir se reproduire la crise de 2003, où le marché de l’introduction en bourse était resté fermé pendant 10 mois, avec seulement 7 M de transactions (après 17 en 2002, 40 en 2001, 107 en 2004).

A suivre, le point de vue de Jonathan Kestenbaum, PDG de NESTA (National Endowment for Science, Technology and the Arts), Royaume-Uni.

Marie-Aude GOUMOT

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