Quand je serai grande, je serai une blogueuse professionnelle..

Nous sommes en 2019, quelque part en région parisienne, dans une cuisine qui sent la Tarte Tatin fraichement défournée.
Ma fille, les mains toutes enfarinées, la chevelure hirsute, m’annonce de son air espiègle et faussement sérieux (vraisemblablement hérité de sa mère) , du haut de ses six ans, qu’elle souhaite devenir blogueuse professionnelle plus tard.

 Si aujourd’hui , la profession de blogueur est une des mieux payées après celle de ‘Community Manager‘, de ‘Social Media Strategist’ et de ‘SEO Expert‘, cela n’a pas toujours été le cas.
Si aujourd’hui la formation de blogueur professionnel est une des plus courues après celle de MCI (marketing et commerce sur internet) dans des établissements de renom comme l’ILV, elle n’existait même pas dix ans plus tôt.

Oui ce métier est désormais plein d’avenir, le secteur du bloggin’ n’a jamais été aussi porteur à une époque où la presse papier est rentrée dans les musées et fait partie de nos vagues souvenirs de jeunesse. Je ne peux néanmoins m’empêcher de me crisper quelques secondes et faire un rewind une dizaine d’année plus tôt , à une époque où il valait mieux parier toutes ses économies aux courses plutôt que de professionnaliser son statut de blogueur.

En 2010 donc, le consom-acteur est au coeur de toutes les stratégies des marques qui surfent sur la vague communautaire.  D’ailleurs, ‘Community Manager’, c’est plus qu’un buzzword , çà devient le buzzjob.  Les marques veulent ôter leur costume anthracite “corporate” pour revêtir la tenue idoine, aux couleurs   de leurs clientèles. Les valeurs humaines deviennent le leitmotiv et un indicateur de réussite.

Alors, on courtise les blogueurs influents, on leur donne les clés de collections , on les installe aux premiers rangs des défilés de mode
 La frontière entre le blogueur influent et blogueur professionnel se brouille . 

On dit du professionnel qu’il génère assez de revenus de son blog, pour en vivre et en faire son activité professionnelle principale.  Si ce dernier blogue à plein temps, l’influent  lui mène une double-vie de “mr tout le monde” le jour et de “blogueur top-ranké” le soir.  Si le montant du chèque à la fin du mois peut parfois faire la différence entre les deux, en revanche les invitations aux évènements ou les colis livrés par les marques en quête d’un rédactionnel à moindre cout (c’est relatif), et les trolls les réunissent souvent.

En 2010, blogueur professionnel n’est toujours pas considéré comme un métier, c’est plus un sujet de polémique qu’autre chose. Les pros et les cons s’affrontent à coup de listes sur la blogosphère. Je me souviens encore des sempiternels débats .

Pour les partisans, passer blogueur professionnel était une bonne chose car:

  1. Vous deveniez autonomes, libres.Vous deveniez votre propre chef
  2. Vous aviez des horaires complètement aménagés
  3. Vous travailliez n’importe où, ou presque
  4. Vous étiez libre géographiquement et mondialement
  5. L’ Investissement initial pouvait être voisin de zéro
  6. Vous étiez polyvalent  ou vous alliez le devenir
  7. Vous vous cultiviez en permanence
  8. Vous aviez le goût du Challenge


Quant aux opposants,qui les voyaient  parfois comme des hommes sandwiches,  le métier de blogueur pro  était plus complexe
car

  1. Le blogueur professionnel ne pouvait pas tout dire
  2. Le blogueur professionnel ne valait rien pour les institutions
  3. Le blogueur professionnel n’était pas pérenne
  4. Le blogueur professionnel était détesté
  5. Le blogueur professionnel ne faisait qu’une seule chose
  6. Le blogueur professionnel ne pouvait pas revenir en arrière
  7. Le blogueur professionnel (français) ne serait jamais millionnaire

Au delà de ces clashs, à cette époque bloguer  est une affaire de trentenaires et un travail parfois stressant et surtout de longue haleine relevant du parcours du combattant pour pouvoir devenir une référence. Au final, beaucoup d’appelés et peu d’élus.

Dieu merci cette époque est aujourd’hui révolue, et d’ailleurs l’expression de blogueur professionnel est un peu désuète, on parle désormais de consultant. Dix ans plus tard, je travaille tous les jours avec ces consultants nouvelle génération qui n’ont souvent pas pour certains l’age légal pour boire.

D’ailleurs comment puis-je lui reprocher à ma fille de vouloir devenir une blogueuse pro quand sa mère dix ans plus tôt bloguait  à ses heures perdues et parlaient de son sujet favori: la musique.

C’est bien beau les souvenirs mais la tarte se refroidit! Allez petite polissonne, tu peux devenir tout ce que tu veux être! Bien sur que tu pourras devenir blogueuse professionnelle quand tu seras grande… Commence d’abord par éteindre ton ordinateur et  aller te laver les mains , le gouter t’attend!

Ceci n’était bien sur qu’une fiction grandement inspirée par mes pérégrinations sur  le web…

Merci aux auteurs m’ayant inspirée : 

- Fred: 7 raisons de ne pas devenir blogueur professionnel

- Loic Lemeur : Les blogs et les marques: synthèse

- Marine: Blogueur professionnel… un métier qui ne fait pas rêver !

- Greg: Médias sociaux : Valeurs business et les valeurs humaines, on est à coté de la plaque ?

- Buzz2Luxe: 2010, l’année du premier contact buzz de luxe ?

- Marie & Julien : Le blogueur professionnel, homme sandwich 2.0

- PresseCitron:Révélation de la semaine : j’ai trouvé un travail

- Rue89:Le stress mortel des blogueurs de fond


Noëlla Ligan – Promo 2010 Full time

4 Comments

  1. PATRICIA

    Ce ton “décalé” mais tellement vrai , me fait penser à notre MCO…Eh oui nous sommes sensés parler à des blogers influents ! Mais alors plutôt que de piger duarnt des siècles, mettez vosu à bloger vous els soit disant redacteurs ou ieux encore journaliste, mais SVP racontez nous le vrai côté des choses …

  2. Flavio

    J’ai pris du plaisir à lire ce billet. Beaucoup d’infos, bien écrit, sujet pertinent ! Bravo Noëlla.
    Flavio

  3. J’aimerai avoir plus d’informations sur ce theme. Ou pourrais je en trouver s’il vous plait.

  4. Je souhaiterais être blogueuse professionnelle.
    Ou m’adresser , comment faire?
    Merci d’avance.