Que veut la technologie?

Aux Etats-Unis, le débat prend de l’ampleur ces temps-ci.  La question est d’abord posée par Kevin Kelly, ancien rédacteur en chef de Wire, dans « What technology wants » (Viking 2010) où il suggère que la technologie n’est pas un simple conglomérat de câbles et de métaux mais une sorte d’organisme vivant qui a ses propres besoins et tendances inconscients.  « Si un protozoaire unicellulaire peut faire un choix (…) alors un assemblage technologique élaboré peut lui aussi avoir une volonté ». Pour lui, la technologie n’est pas neutre et elle oriente en réalité le fonctionnement des sociétés comme l’histoire l’a montré.

« Program or be programmed » de Douglas Rushkoff  (Ebook ISBN 9781935928164 ) s’interroge, lui, sur la meilleure façon d’utiliser cette technologie afin de ne pas tomber dans ses failles néfastes ou retorses et il énonce 10 commandements pour replacer l’homme au centre du dispositif.  Pour lui, « Il y a des paramètres et des tendances préalablement définis qui reflètent les intentions de leurs concepteurs. Parfois, nous sommes conscients de ces paramètres, d’autres fois, pas du tout ! Dans le pire des cas, les gens n’ont tellement pas en tête ces programmes qu’ils agissent eux-mêmes comme des programmes.» (in Chronic’Art  n°69 nov/dec 2010).

Les questions posées par ces deux intellectuels ne manquent pas d’éveiller des échos même si, de prime abord, on peut juger leurs vues excessives voire légèrement délirantes tant elles semblent des réminiscences  de HAL,  l’ordinateur de sinistre mémoire de « 2001, odyssée de l’espace » qui prend le contrôle du vaisseau spatial pour le forcer à accomplir la mission qu’il a décidée. De façon plus terre à terre, si l’on peut dire, on voit bien qu’il nous est difficile pourtant de répondre à une question aussi simple que : « que veut Google ? » ou bien : « que veut Facebook ?» tant les plans de développement stratégiques de ces entreprises apparaissent comme des perpétuels  work in progress. Randal Stross dans « Planète Google » (Pearson 2009) raconte comment est né G-mail et rapporte  cette phrase de son concepteur : « A ce stade, nous ne savons pas comment nous allons gagner de l’argent mais comme nous l’a montré la recherche (search) sur le web, si nous apportons un service utile au public, nous finirons par trouver un moyen de le rentabiliser ». Toute l’histoire de Google n’est formée que de l’addition successive de services, d’applications, de programmes lancés par des équipes autonomes sans grand bruit, sans grands frais mais composant maintenant un maillage auquel il parait de plus en plus difficile d’échapper. Toutefois, Google –et c’est sa grande force- ne nous oblige à rien, il veut juste nous rendre service.  Et d’ailleurs, une entreprise dont le seul mission statement connu est « Don’t be evil » a-t-elle seulement, un objectif stratégique ? D’une façon assez comparable,   le film « The Social Network » nous montre un  Mark Zuckerberg rejetant les modèles économiques classiques car il ne sait pas encore lui-même ce qu’est Facebook.  Contrairement à Apple ou Microsoft dont on comprend où ils veulent en venir, la finalité  de Google ou de Facebook nous apparait floue. Que veulent-ils vraiment sinon utiliser toutes les ressources des technologies existantes pour les mettre dans les mains du plus grand nombre ? Ne sont-ils pas en train de nous livrer tout cru à une technologie dont nous ne possédons pas le code mais qui ne va pas manquer pourtant de modeler nos vies futures ?

Luc Bourcier – MBA MCI part-time Promo 2011

Douglas Ruschkoff explique: Program or be Programmed

Comments are now closed for this article.