Quel avenir pour Google ?

loupe 7m Peut-on en tant qu’internaute valider la définition de la vie privée sur internet donnée par Lev Gleizer (représentant du moteur de recherche russe Yandex) lors du colloque annuel de l’IAB : « La vie privée, c’est le numéro de téléphone, l’adresse. Par contre nous conservons les données sur ce que font les gens, où ils vont et ce qu’ils recherchent ». Dans la « vrai vie », trouveriez vous normal qu’un même organisme conserve l’ensemble de l’historique de votre vie quotidienne? Où vous avez mangé, avec qui, à quelle heure … uniquement pour la simple raison que vous étiez dans un espace public. Les moteurs de recherche vont-ils faire office de « Big Brother » de l’internet?

5 novembre 2009 : Lancement du Dasboard de Google :

Le représentant de Bing et celui de Google (Sébastien Badault) présents lors de de colloque de l’IAB semblaient s’entendre sur cette définition de Lev Gleizer, mais ont bien compris que ce sujet reste tabou pour ne pas dire anxiogène. Comme l’indique Sébastien Badault, Google a donc lancé en début de mois son Dashboard sur lequel l’internaute peut « accepter ce que l’on conserve ou pas sur lui. Pas uniquement dans le domaine du search mais sur les blogs notamment. Nous avons besoin de travailler dans la confiance. Nous avons besoin de ces informations pour rendre la recherche plus efficace (géo-localisation notamment) et en parallèle c’est le paradoxe de la vie privée. Il faut choisir entre avoir une search personnalisée (si l’on peut avoir les informations privées sur vous), ou alors la search de tout le monde … ».
Pour ceux qui étaient horrifiés par les informations compilées sur eux sur 123 people, la visite du Dashboard de Google s’impose. Au-delà d’une compilation d’informations, c’est le traçage de vos horaires de visite des sites de l’internet qui s’affiche. Vous avez en effet la possibilité d’effacer les données enregistrées à date, mais pas de refuser que Google en enregistre de nouvelles sur vous. Le rapport de force entre vous est Google est donc déséquilibré et perdu d’avance. Cet espionnage est d’autant plus imparfait qu’il est lié à l’url d’un ordinateur et non pas à une personne. Ce n’est alors plus uniquement Google mais les personnes qui partagent votre ordinateur qui pourront avoir accès à votre Dashboard (et vice versa).

22 octobre 2009 : Accord de partenariat entre Bing, Google et Twitter.
Pourquoi Google et Bing cherchent à agréger les données des réseaux sociaux ? Officiellement à court terme, pour vous permettre d’avoir des réponses plus exhaustives en agrégeant aux réponses du référencement naturel et payant celles des réseaux sociaux. Aussi officiellement pour avoir des réponses « fraiches » (on parle de « real time search results »). Ma conception (qui n’engage que moi) est qu’en vérité si l’on regarde à moyen terme, c’est une façon d’agréger encore plus d’informations sur nous. Comme l’indiquait Lev Gleizer « la meilleure façon d’apporter la meilleure réponse, c’est de connaitre le contexte de la recherche », et Sébastien Badault de confirmer « on ne travaille pas sur le texte, mais sur l’intention ». Lorsque l’on fait une demande sur un moteur de recherche, la question pour eux n’est plus de connaitre les réponses exhaustives à nos questions (ils les ont déjà) mais bien de comprendre qui nous sommes pour nous donner LA réponse ultime qui répondra à notre attente. Celle qui nous fera gagner du temps et fera du moteur de recherche LE meilleur à l’échelon mondial.

Quel est le futur business model des moteurs de recherche ? Alors que pour Yandex 60% de leurs revenus sont encore assurés par le search, ils ne représentent déjà plus que 30% pour Google. Si Google a perdu la bataille du search en Russie, a-t-il perdu la guerre ? Non, car Google a bien compris que l’avenir n’était pas dans leur métier d’origine. Que recherchent les marques ? Pour quoi sont-elles d’accord de payer plus ? Pour mieux connaitre leurs cyber-consommateurs. Pour avoir un ciblage plus fin lors de leurs campagnes publicitaires sur le net qui leur permettra de gagner plus en investissant moins. Et qui va être en mesure de répondre à leurs attentes ? Les moteurs de recherche. Encore une fois cette vision n’engage que moi.

Je partage la vision de Todd Defren (réputé pour être un visionnaire dans l’analyse des réseaux sociaux) qui dans son billet du 11 novembre « The Future of Marketing » indique que la bataille du futur se fera entre Google et Facebook (et Twitter) « it’s not just the fact that they have critical mass, but that that critical mass comes at a time when Social Networks are not just destinations (a la the old AOL and MySpace), but are becoming integral to the holistic Web Experience. ». Comme vous le savez, un lieu d’expérience est aussi un lieu d’influence et donc un lieu d’influence d’achat. Il indique que dans le futur, nous pourrons identifier des micro réseaux-sociaux et leurs influenceurs, tout comme les influenceurs de ces influenceurs. C’est le cas par exemple aujourd’hui avec les « followers » sur twitter.

Pour aller encore plus loin dans mon approche, il me semble que Google (ou le moteur de recherche qui remportera cette bataille sur la connaissance des internautes) pourrait à terme se passer des réseaux sociaux puisqu’il sera en mesure de connaitre chacun de nous en se passant de nos influenceurs. Le terme de One2One marketing prendra alors tout son sens. Il sera alors à même de monétiser non plus uniquement nos recherches mais bien de monétiser la connaissance qu’il a de chacun de nous auprès des marques à une échelle mondiale. A l’heure où l’on parle de l’intérêt de faire de la qualité sur internet et de savoir cibler ses clients, Google pourrait avoir la réponse ultime.

9 juillet 2009 : Nathalie Kosciusko-Moriset (NKM) présente à la CNIL sont projet de « droit à l’oubli ».Notre Secrétaire d’Etat chargée de la prospective et du développement numérique qui affirme dans un communiqué de son secrétariat que « Les activités et les déplacements des individus ne doivent pas être surveillés » et qu’ils font bien donc bien partie de la vie privée. NKM dit cibler tout à la fois les pirates usurpateurs d’identité et les industriels qui sont les bénéficiaires de cette porosité entre vie publique et vie privée sur internet et dans les magasins (avec le suivi des achats via les puces RFID). Je souhaite à notre « Jeanne d’Arc » du web nationale d’avoir les épaules assez larges lorsqu’il s’agira de défendre ses idées et notre vie privée face à Google.

Marilyne Lacaze – MBA MCI Full Time – Promo 2010 (e=mci)

2 Comments

  1. Dupuis Stéphanie

    Si nous arrêtions de surveiller les “activités et les déplacements des individus” que deviendrait le métier du marketeur ?

  2. En effet, il est nécessaire de comprendre le consommateur mais il y a des limites à poser entre ce que l’on entend par vie privée et vie publique. Lorsque l’on utilise le surf du consommateur lorsqu’il revient sur votre site (via cookies) cela aide l’internaute à retrouver notamment son panier. Par contre lorsque les publicités le suivent de site en site (criteo) cela dépasse les limites de ce qu’un internaute peut concevoir comme opt-in. Voilà pourqupoi Google laisse la possibilité aux internautes d’effacer ce qui est enregistré sur eux.