Soignez votre e-réputation …

e-réputation
A quand les contrats d’assurance qui nous protègeront contre “la divulgation de données (publiques) intimes”, ou “l’usurpation d’identité (numérique)” ?

Car c’est bien cela qui nous pend au bout de la souris, dès que l’on égare sa clé USB 8 Go, son smartphone, son relevé bancaire … ou que l’on dévoile un peu trop sa vie sur FaceBook, Flikr et autres réseaux sociaux.

Vous pensez que je pousse un peu loin ?

Attendez seulement de connaître les histoires affligeantes qui suivent …

Internaute N°14162375

Vous connaissez sans doute l’histoire de l’époux trahi N°14162375 (son numéro d’internaute parmi 658 000 autres américains, dans le fichier de logs accidentellement égaré pendant 3 mois par AOL, en août 2006). Grâce à l’historique des mots-clés de ses recherches sur Google depuis le portail d’AOL, accolés à la date et à l’heure de ses sessions, des journalistes ont pu reconstituer le canevas de son drame conjugal, de ses intentions et de son itinéraire mental :

  • Recherche de conciliation : “Conseiller matrimonial”
  • Espionnite aïgue : “Sonorisation (micro) dans la voiture” / “Installation de caméras de surveillance” / “Pistage de l’activité du mobile”
  • Envie de meurtres (l’épouse et l’amante) : “Contrat sur deux femmes” / “Contact mafia au Portugal”
  • Grosse déprime : “Aide au suicide”
  • Fuite : “Comment quitter le continent américain ?”

Aux Etats-Unis, l’affaire a frappé les esprits, car c’était là le constat que la toile nous renseigne, certes, mais aussi qu’elle renseigne sur nous et reflète (trahi ?) nos petits secrets, sales pulsions, gros fantasmes et autres perversions inavouées.

Elle met également en évidence, le côté “voyeur” qui est en chacun de nous, spectateurs de la vie d’autrui… Pour preuve, la circulation et le téléchargement des 20 millions de données d’AOL a notamment débouché sur la création d’un véritable moteur de recherche !

Marc L***

L’histoire, plus récente, de Marc L*** va directement dans ce sens, puisqu’ici, c’est un magazine bimestriel, Le Tigre, qui a délibérément décidé de traquer “un internaute choisi au hasard” et de publier le résultat de ses recherches en ligne : liste d’amis, profil amoureux, goûts musicaux, voyages, situation professionnelle.

Une sorte de “Portrait Google”, publié sans même en prévenir le principal protagoniste, faute d’avoir pu trouver son adresse exacte sur les pages blanches…

C’est donc par une amie, alertée par la reprise de l’article dans “Presse Océan”, que Marc (devenu “Fred” et voyageant, non plus à Montréal, mais à Bombay !…) a été prévenu. Bilan : une nuit blanche à se demander jusqu’où irait la pseudo-blague, digne de la série “Millénium“, une vie étalée dans la presse papier et un emballement médiatique (dont je me fais d’ailleurs le relai ici).

Et puis une réflexion : vais-je continuer à alimenter la grande machine collaborative, et si oui, à quel prix ? Car de plus en plus, les sites de réseaux sociaux et les outils communautaires incitent à la spontanéité et toujours moins de retenue et de discrétion vis-à-vis des informations personnelles mises en ligne.

Nettoyeur d’identité

Nouveau concept né en octobre, le site ReputationDefender.com a pour objectif, contre 10 $ / mois, de chasser sur le réseau les traces de nos passages et les éléments d’identité qui déplaisent. Exemple : la photo de classe “appareil dentaire – acné”, le commentaire virulent échappé un jour ou tout va mal, les clichés de soirée un peu trop arrosée, la confession naïves et endiablées oubliées depuis 10 ans sur une page perso…

Ces traces écrites ou multimédia, contrairement aux traces matérielles, ne s’effacent pas et « peuvent vous poursuivre pendant des années », estime Michael Fertik, diplômé en droit d’Harvard, le président de ReputationDefender. Or, faire le boulot de nettoyage soi-même est fastidieux et sans garantie de résultat.

Principales demandes :

  • La recherche d’emploi (le 1er réflexe des cabinets de chasse et autres agences de recrutement est de mesurer à quel point vous êtes googlelisés).
  • Réputation personnelle ou celle de vos enfants en ligne
  • +Intégrité des transactions++ financières

D’ailleurs, les stars et les grandes entreprises ont déjà leur propre service depuis longtemps mais à des coûts prohibitifs, de 5 000 à 20 000 $ / mois.

Autre société née sur le même créneau, naymz.com, lancée en juin dernier, qui va plus loin dans le concept de nettoyage … en faisant aussi de la “décoration”. Namyz créée en effet des pages officielles toutes belles pour ses clients (4,95 $ / mois), avec les infos qui font mouche et le bon référencement qui va bien.

Démocratie numérique

Même si les technologies de reconnaissance visuelle en développement permettront bientôt d’analyser leur contenu et de l’associer à des identités numériques, même si l’État dispose de ressources quasiment illimitées en le domaine de la surveillance, surtout depuis le 11 septembre, nous ne sommes pourtant pas (encore) dans un monde à la Orwell. Mais plutôt entourés de très nombreux « little brothers » publics et privés,

Bref, tout le monde peut surveiller tout le monde et cela nécessite quelques précautions, des plus élémentaires aux plus poussées :

  • Limiter la quantité d’informations personnelles révélées (blogs, sites collaboratifs et de partage)
  • Installer un logiciel de détection de logiciels espions et d’anti-virus (protection des données perso)
  • Passer par des sites proxy (pour naviguer sur Internet de manière anonyme)
  • Utiliser les réseaux anonymes (Freenet ou Tor)
  • Crypter ses communications (logiciels PGP : Pretty Good Privacy)

En résumé, protéger sa vie privée sur la toile, c’est comme parier en bourse : ne faites rien, et vous jouer votre réputation au loto. Faites les choses sérieusement, et vous vous assurez des bénéfices à long terme, mais cela demande un certain investissement en temps qui rebute encore bien des utilisateurs.

Sources utiles :

* Le Post
* Libération
* Le Tigre

‘Billet publié par Yves PHILIPPE. – Promo MCI Part Time 2008”

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