(Tentative d’) Eloge de Seth Godin

Il faut lire Seth Godin. En tout cas, quiconque s’intéresse à l’exercice du marketing dans notre monde post-moderne devrait le faire. Bon d’accord, sa notoriété en France est plutôt mince. Cela explique pourquoi vous n’avez peut-être jamais entendu parler de lui. Il n’en va pas de même dans le monde anglo-saxon. Ainsi, dans certaines échoppes américaines, entre les figurines de Batman et celles d’Homer Simpson, vous pourrez trouver celle du « marketing guru » à l’effigie dudit Godin. Cela mérite qu’on s’intéresse à un tel homme, non ?

Interrogeons-nous donc, en premier lieu, sur les raisons de ce déficit de notoriété en dressant une liste, en hommage à cet auteur qui les affectionne particulièrement :

1- Ses ouvrages ne sont pas tous disponibles en langue française et ont été édités par différents éditeurs de taille variable, ce qui ne facilite pas l’exposition en linéaire de son œuvre. Pour commencer, son ouvrage « Unleashing the ideavirus », celui qui a vraiment lancé sa carrière d’auteur et –selon lui- l’ebook le plus téléchargé au monde (il est vrai qu’il était gratuit) n’est pas traduit.

2- Il n’a guère, à ma connaissance, sillonné les routes du monde non-anglophone pour donner les conférences qui activent habituellement le tam-tam médiatique.

3- Il a déclaré –c’est le titre d’un de ses ouvrages- que «Tous les marketeurs sont des menteurs » (Ed. Maxima 2006), ce qui n’était peut-être pas le meilleur moyen de se rendre populaire auprès d’une population particulièrement susceptible.

4- Toujours à propos des titres de ses livres, ceux-ci embarrassent visiblement ses éditeurs qui parfois préfèrent garder le titre anglais –ou bien optent pour de curieux mélanges- : « Le dip », « La vache pourpre », « Etes-vous indispensable ? Libérez le linchpin qui est en vous » qui ne les rendent sans doute pas super-accrocheurs.

5- Les posts sur son blog ne parviennent pas tous à s’élever au niveau conceptuel de ses ouvrages mais c’est probablement le cas de la plupart des blogs, non ? (avis iconoclaste tout personnel).

6- Il expérimente le court-circuitage de ses éditeurs en négociant directement avec Amazon la publication de ses propres ouvrages (en anglais). Le prochain, intitulé : « Poke the Box » sort le 1er mars 2011 dans sa propre maison d’édition digitale (The Domino Project) hébergé sur Amazon sous trois formats : papier, audio et e-book.

Vous êtes toujours là ? Génial. Vous avez fait le plus dur. Nous venons en effet de dépasser le point d’inflexion qu’il décrit admirablement dans « Le dip » (Trésor Caché 2008), ce point où l’on détermine si l’on poursuit l’effort ou si l’on renonce. Si, là regardez bien la courbe !

Les vues de Godin sont toujours intéressantes qui nous changent des modes d’emploi clé en mains et des bréviaires parascolaires censés nous enseigner les techniques ou les méthodes du marketing. Il a choisi de nous faire part de ses observations et de ses expériences, il partage ses vues sur des phénomènes ou des tendances. Il nous montre ce qu’il faut voir. Il partage son point de vue. C’est un homme d’idées. Convaincant. C’est lui qui a popularisé notamment le concept du marketing par permission, approche par laquelle on demande l’autorisation des personnes ciblées, par opposition au marketing par interruption. Il explique aussi longuement et de façon intéressante combien il est important de faire des choses remarquables. Enfin, et ce n’est pas rien, il nous donne envie de faire, d’essayer, d’avancer. Eh non, vous n’en saurez pas plus. A vous d’aller voir maintenant :

1- « La vache Pourpre » qui vient juste d’être réédité (Maxima, 2011)
2- « Etes-vous indispensable ? Libérez le linchpin qui est en vous » (Diatineo 2010)
3- « Permission Marketing » (Maxima 2009)
4- « Small is the new big » (Portfolio 2006)
5 – “Free Prize Inside “ (Penguin 2004)

Il me parait aussi utile dans le présent cadre de ce blog de noter qu’il a également lancé en 2009 un «MBA Alternatif » selon des méthodes bien à lui que je me permets, à toutes fins utiles de signaler. Il a sélectionné 27 candidats (sur 340) qu’il a fait se rencontrer et qui ont passé deux heures à s’interviewer les uns les autres pour déterminer les noms des 9 étudiants qui suivraient le programme, ledit programme étant constitué pour l’essentiel de lectures d’ouvrages (une centaine) donnant lieu à discussions et de travail pratique sur des projets concrets.
Après ce que vous venez de lire quatre options s’offriront à vous lorsque quelqu’un vous demandera si vous connaissez Seth Godin : 1- Vous répondez que justement vous venez de lire quelque chose d’intéressant à son sujet, 2- vous dites que vous connaissez bien son blog : http://sethgodin.typepad.com, 3- Vous expliquez que vous avez lu l’un de ses livres (voir plus haut), 4- euh, non, pas de 4, c’est tout car maintenant vous n’avez plus d’excuses.

Luc Bourcier – MBA MCI Part-time 2011

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