Vous avez dit livre électronique…

E-book ou livre numérique.

La prochaine sortie en France du Reader RS-505 de Sony devrait permettre, grâce aussi à une offre plus large de contenus disponibles, de lancer dans l’hexagone le marché du livre électronique, le livre imprimé demeurant un des derniers secteurs culturels à résister au numérique. L’objet, aux allures de tablette graphique, est annoncé à un prix 299 € : il pourrait contenir en mémoire jusqu’à 160 livres pour une autonomie de 6800 pages lues et un poids de 260 grammes. Les formats de fichiers reconnus sont les formats standards ePub, PDF, RTF, TXT, BBeB Book, MS Word, JPEG, PNG, GIF, BMP, Mp3 et AAC.

On parle de livre numérique, depuis la fin des années 90, quand la société française Cytale mit sur le marché un lecteur de type PDA, le Cybook, initiative qui fit grand bruit sans rencontrer pour autant le succès escompté par ses promoteurs : le modèle, même s’il n’avait pas convaincu, à cause de son prix (5 700 FF, soit 868 €), d’une technologie encore un peu rustique et de l’absence de « nouveautés » téléchargeables, avait suscité des débats passionnés sur la rive gauche de la Seine où les éditeurs français sont concentrés. Aujourd’hui, à l’étranger, aux États-unis, en Angleterre et surtout en Asie, l’objet qui n’a cessé d’évoluer semble avoir déjà conquis des millions d’adeptes. Début octobre, la marque japonaise a même annoncé la sortie de la troisième version de son Reader, appelée PSR700 qui comblerait les défauts du RS-505 en proposant un écran tactile, un rétro éclairage intégré et bien d’autres fonctionnalités. Nouvelle révolution de l’ampleur de celle de Gutenberg ? nouveau rapport à l’écrit ? mort du papier ? Les interrogations sont multiples. L’historien du Livre, Roger Chartier, auteur de : Le livre : son passé, son avenir, parle, dans un entretien accordé au site la Vie des idées, de « nouvelles mutations de l’objet livre ». Doit-on pour autant s’attendre à un effet Ipod / Iphone ? Le livre électronique pourra-t-il être piraté comme un disque ou un film ? La question des DRM* reste centrale même si, en France, l’objet n’a pas encore trouvé son public.

Face aux tentatives des industriels, nouveaux entrants sur le marché du livre, les éditeurs français réagissent : en mars dernier, la ministre de la Culture, Christine Albanel, a demandé un rapport sur le sujet à Bruno Patino, président, à l’époque, de Télérama et du Monde interactif, rapport qui lui a été remis à la fin du mois de juin 2008. Le devenir numérique de l’édition dresse un état des lieux du secteur visant à anticiper son virage progressif vers le numérique et à l’accompagner de recommandations destinées à protéger le droit d’auteur. Les éditeurs français ont ensuite été auditionnés dans le cadre du plan numérique 2012 lancé par Nicolas Sarkozy et conduit par Luc Besson, son secrétaire d’Etat à l’économie numérique (les mesures envisagées par le Gouvernement devraient être connues d’ici à la fin octobre). Ils se sont regroupés, en mai dernier, au sein d’une commission pour le numérique présidée par Stéphanie Van Duin, directrice du développement d’Hachette Livre, et ont organisé un mois plus tard leurs Assises pour le livre numérique.

Le sujet reste un peu flou, le vocabulaire n’est pas fixé : livre électronique / livre numérique, on hésite encore sur la dénomination. Qu’entend-t-on par livre numérique ? S’agit-il d’un terminal de lecture ou d’un fichier numérique qui peut être lu sur n’importe quel écran ? Qu’est-ce qu’une œuvre numérique ? Un livre papier numérisé ou un livre originellement né sous cette forme ?

Toujours est-il que quelques supports sont déjà commercialisés comme : - le Cybook Gen 3 de Surcouf commercialisé depuis le début du mois au prix de 259 € en version standard et 379 € en version de luxe qui fait aussi lecteur MP3, - le e-Reader proposé par Les Échos à 649 € ou 769 € au choix. Le Kindle d’Amazon n’est disponible qu’aux États-unis et le livre électronique de SFR, bien qu’on en ait parlé fin juillet, n’est pas encore présent sur le marché.

Parallèlement, certains sites comme Ebookslib, Livrespourtous, proposent une offre de téléchargement de livres payants ou gratuits. L’accord d’exclusivité conclu par la Fnac, Sony et Hachette pour la commercialisation du Reader RS-505, mise sur l’offre de bouquets thématiques, avec un premier prix inférieur à un euro (0,99€). Les éditions Gallimard, de leur côté, proposent une offre numérique, téléchargeable sur le site de sa librairie Le Divan, mais non associée à un terminal de lecture.

Pour l’instant, même si les technologies utilisées restent conviviales et assurent un bon rapport à la lecture, le prix de ces terminaux est dissuasif, ce qui limite naturellement la rencontre du livre numérique avec son public. Une fois que les produits seront devenus plus accessibles, même si l’acte de lecture est respecté, ne manqueront pas d’émerger de nouveaux usages, de la nature de ceux que les NTIC suscitent en permanence.

Nathalie Naquin, MBA Part time 2008/2009.

Plus d’infos : Plaidoyer pour le livre numérique de Stéphanie Chevrier Papier électronique blog de l’encre et du papier électronique À la Foire de Francfort, le livre électronique croit son heure venue

Lexique : DRM, Digital Rights Management, terme anglais pour gestion des droits numériques, la protection technique des droits d’auteur et de reproduction dans le domaine numérique.

Papier électronique, également appelé papiel, e-paper ou encre électronique, est une technique d’affichage sur support souple (papier, plastique), modifiable électroniquement, cherchant à imiter l’apparence d’une feuille imprimée et qui, comme le papier, ne consomme pas d’énergie, une fois le texte ou l’image affichée.

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